Gestion des eaux transfrontalières du bassin versant du fleuve Mackenzie : Entente entre l'Alberta et les Territoires du Nord-Ouest

26 mars 2015
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Le rôle et les ressources du Comité du bassin du Mackenzie sont-ils ce qu'ils devraient être?
 

L'Alberta et les Territoires du Nord-Ouest ont signé le 18 mars une entente bilatérale sur la gestion du bassin versant du Mackenzie. Si d'aucuns considèrent que cette entente établit de nouveaux standards en matière de gestion environnementale, d'autres trouvent qu'il faudrait une gestion concertée avec les autres provinces et territoires.
L'entente établit un protocole quinquennal d'analyse et d'intervention sur 41 cours d'eau avec un système de classification en matière de qualité et de quantité. Elle porte également sur l'eau souterraine.
Le premier ministre des Territoires du Nord-Ouest, Bob McLeod, a rappelé qu'il avait commencé à négocier cette entente il y a 18 ans, alors qu'il était fonctionnaire. « Avec cette entente de gestion, affirme M. McLeod, nous aurons le confort de savoir ce qu'il y a dans notre eau. »
Des études récentes suggéraient que le bassin versant du Mackenzie est menacé tant par le réchauffement climatique que par les sables bitumineux de l'Alberta et les barrages hydroélectriques de la Colombie-Britannique.
Le ministre de l'Environnement et des Ressources humaines (MERN) des Territoires du Nord-Ouest, Michael Miltenberger, s'est voulu rassurant. « Pas plus de 1,9 % du flot annuel de la rivière Slave — le principal tributaire albertain du Mackenzie — ne pourra être détourné, dit-il. Nous croyons qu'il n'y a aucune entente de ce genre dans le monde. »
M. Miltenberger affirme que les TNO investissaient déjà plusieurs millions de dollars chaque année pour surveiller l'eau. La nomenclature des stations hydrométriques fait partie des annexes de l'entente bilatérale.

Bémol
Cette entente survient alors que le 13 mars, plusieurs organismes voués à la conservation de la faune et de l'environnement dénonçaient le canevas pour la gestion de la quantité d'eau de surface de la rivière Athabasca proposé par le gouvernement de l'Alberta. Or celui-ci constitue un des sous-bassins du Mackenzie.
Au regret des signataires du communiqué — l'institut Pembina, la South Peace Environnement Association, la Alberta Wilderness Association et le World Wilderness Fund — le gouvernement albertain a échoué à fixer une limite à faible débit protégeant l'écosystème de retraits d'eau.
Bob Cameron est président de la Mighty Peacee Watershed Alliance. Il a fait partie d'un panel d'experts qui ont recommandé aux gouvernements du Canada et de l'Alberta qu'il devrait y avoir un point où les retraits d'eau cesseraient. « Mais, dit-il les compagnies ont dit qu'elles avaient un permis pour lequel elles allaient se battre jusqu'à la mort et évidemment, le gouvernement n'allait pas pénaliser des compagnies de sables bitumineux. »

Un comité absent
M. Cameron considère que l'entente est bonne pour les Territoires du Nord-Ouest, mais il fait valoir que le barrage Bennet sur la rivière Peace aura un énorme impact sur le débit de la rivière Slave, et que le lac Athabasca a des tributaires venant de la Saskatchewan. Ces interactions l'amènent à plaider en faveur d'une gestion globale, d'un plus fort rôle du Comité du bassin du Mackenzie plutôt qu'en faveur d'ententes bilatérales. « Logiquement dit-il, l'Alberta, la Colombie-Britannique, le Yukon et la Saskatchewan devraient s'impliquer dans la compréhension de ce qui va aux TNO. Les ententes entre deux provinces n’ont pas vraiment de sens. »
« Le Comité du bassin du Mackenzie, ajoute Bob Cameron, on en entend parler rarement et on ne l'a jamais vu dans les collectivités. Chaque province [et territoire] y met seulement 250 000 $ annuellement. C'est un montant assez mineur si on considère que le Mackenzie fournit un tiers de l'eau de surface au Canada. C'est peu par rapport aux comités liés aux Grands Lacs ou au Saint-Laurent. »
Par-delà l'entente bilatérale, Bob Cameron s'inquiète de l'absence de conseil consultatif et de planification pour la rivière Hay. « C'est comme une rivière orpheline en Alberta », dit-il.

Un précédent
L'analyse de Bob Sandford, qui occupe la chaire de recherche Epcor sur la sécurité de l'eau de l'Université McMaster (Hamilton) est beaucoup plus favorable. « Il s'agit, dit-il, d'une des plus importantes ententes que nous avons vues dans ce jeune siècle parce qu'elle tient les gouvernements responsables de la gestion du fleuve. L'entente établit des normes mesurables et les gouvernements ont accepté de s'y conformer. Il s'agit maintenant, ajoute Bob Sandford, de chercher à savoir s’il y a assez de ressources pour respecter ces dispositions. »