Découverte scientifique : Des traces de plusieurs millions d'années

28 juin 2012
0 Commentaire(s)
Le dégel du printemps a découvert une plaque rocheuse marquée par les traces d’un poisson préhistorique. (Photo :Virginie Bouchard)

Le dégel du printemps a découvert une plaque rocheuse marquée par les traces d’un poisson préhistorique. (Photo :Virginie Bouchard)

Des empreintes de pas d’un animal préhistorique ont été retrouvées en bordure de la rivière au Foin, tout près de la chute Alexandra. Un cas unique dans la région.

Quatre trous, d’une vingtaine de centimètres de diamètre sont alignés sur une plaque rocheuse au bord de la rivière. Pour un œil peu averti, cela ne ressemble à rien de bien particulier. Les cavités semblent même loin de dater de l’âge préhistorique et pourtant, elles le sont! Un paléontologue du musée Royal Tyrrell de l’Alberta est venu constater les traces, il y a de cela quelques semaines.
« Ce sont des traces d’un type de poisson avec des os et des muscles dans les nageoires. Les roches sont âgées de 360 à 380 millions d’années. C’est beaucoup plus vieux que l’ère des dinosaures », constate Donald Henderson.
Ce type d’empreintes est très rare, mais pas unique. Un échantillon semblable a été découvert en Pologne, l’année dernière. Le gel et le dégel au printemps de la glace recouvrant la rivière auraient vraisemblablement exposé cette couche de pierre bien spéciale. Le spécialiste soupçonne l’existence d’autres de ces traces sous les strates rocheuses avoisinantes.
« J’ai été très surpris, car ces éléments datent de la période dévonienne, dans les anciens livres, on peut lire de l’âge des poissons. Il est rare de trouver des vestiges des touts premiers poissons », explique M. Henderson.

L’ère du Dévonien ou l’âge des poissons correspond à une période de réchauffement de la Terre et à une montée des eaux. Une grande évolution des végétaux, des mollusques et des vertébrés s’est produite à cette époque. Il semblerait qu’à une certaine période de l’évolution de la Terre, la région de Hay River ait été beaucoup plus chaude qu’aujourd’hui.
« À l’endroit où nous avons trouvé les traces, il semblerait qu’il y ait eu une plage. Il y a aussi des restes d’un récif de corail qui existait là. Au moment où les empreintes ont été faites, l’Amérique du Nord était plus proche de l’Équateur et son climat était tropical », précise l’anthropologue.

La conservation des empreintes
Afin de préserver ses traces préhistoriques, M. Henderson, qui ne peut se déplacer en raison de son emploi, va mandater des bénévoles de la région pour faire des moules de l’échantillon. Le temps file, puisque les travaux de moulage ainsi que la production de cartes doivent être faits avant l’arrivée de l’hiver. Le froid, la neige, la pluie accélèrent grandement le processus d’érosion de la pierre et, par conséquent, l’effacement des empreintes.
Cependant, même si l’emplacement des chutes Alexandra et Louise regorge de fossiles de mollusques et de corail, il est peu probable que des restes osseux soient trouvés.
« Les conditions qui sont favorables à la préservation de traces ne sont pas avantageuses à la préservation d’os. Ce serait bien si l’on trouvait des fossiles de poissons, mais je ne crois pas qu’on puisse en voir. S’il y en a, ils seraient probablement de piètre qualité », affirme le chercheur.

Légende urbaine
Lors de ses randonnées aux chutes Louise et Alexandra, le guide Doug Lamalice parle aux visiteurs privilégiés de la légende que sa grand-mère lui racontait souvent.
« Elle me disait qu’à une certaine époque, au début du monde, un poisson géant était sorti de la rivière et avait fait une vague immense, inondant la forêt. Par la suite, plus personne n’avait revu la bête. Les Dénés n’avaient jamais pu expliquer le comportement de l’animal et croyaient à un mauvais présage », dit-il.
Légende ou fait véritable? L’histoire amuse du moins, alors que les traces sont bien vraies.