Évolution : Découverte d’un fossile de phoque à quatre pattes palmées

30 avril 2009
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L’Arctique pourrait-il être un centre d’évolution des premiers phoques?

Une équipe de paléontologues menée par Natalia Rybczynski du Musée canadien de la nature vient de dévoiler le fossile d’un nouveau mammifère carnivore semi-aquatique à quatre pattes découvert sur l’île Devon au Nunavut. Cet unique spécimen qui vivait, il y a de ça 20 à 24 millions d’années, est dorénavant considéré comme le chaînon manquant entre l’ancêtre terrestre et les pinnipèdes que l’on connaît de nos jours (phoques, otaries et morses) qui possèdent tous des pattes modifiées en nageoires.

Selon Mme Rybczynski, le stage primitif de cette nouvelle espèce nommée Puijila darwini, permet d’éclaircir les premières étapes de l’évolution de ces mammifères marins.

« Nous avons été très surpris de cette découverte au Nunavut, car auparavant les seuls fossiles qui nous laissaient présumer l’origine des pinnipèdes étaient situés sur la côte ouest de l'Amérique du Nord, en Californie. Au début nous pensions que Puijila pouvait être une loutre préhistorique, mais au fur et à mesure que nous étudiions son squelette, plusieurs caractéristiques nous ont menés à réviser notre point de vue. En fait, son anatomie, le lieu de la découverte… tout bousculait cette première hypothèse », explique cette spécialiste des vertébrés.

Puijila darwini est actuellement le plus vieux fossile de pinnipèdes découvert au monde, et le fait qu’il reposait dans un cratère de météorite au Nunavut permet dorénavant d’élaborer que l’extrême Arctique ait été un point d’origine de l’évolution et de dispersion des premiers mammifères semi-aquatiques. « D’après la faune et la flore fossilisées retrouvées sur le site du cratère, Puijila était un animal d’eau douce. Il vivait dans un climat tempéré et forestier. Il possédait une longue queue de mammifère terrestre et les dents acérées d’un carnivore. Pourtant, il n’est pas l’ancêtre des phoques, nous pensons plutôt que Puijila et les pinnipèdes modernes possèdent un ancêtre commun », détaille la scientifique.

La technologie déployée pour reconstituer l’anatomie du spécimen à partir des 65 pour cent du squelette retrouvé a joué un grand rôle dans cette découverte. « Le Musée canadien se situe vraiment à la fine pointe de la recherche, avoue Natalia Rybczynski. Si nous avions utilisé une technique traditionnelle plutôt que la numérisation en trois dimensions que nous offre le système Arius 3D, jamais nous n’aurions pu assembler avec autant de précision l’ensemble des os crâniens où figurent plusieurs caractéristiques fondamentales de cette nouvelle espèce. »

Il reste de la recherche à effectuer pour situer cette nouvelle espèce sur l’arbre généalogique des pinnipèdes et ainsi mieux comprendre cette transition cruciale du passage de la terre à un environnement aquatique. La chercheuse canadienne espère que cette découverte qui fait sensation dans le monde scientifique apportera des intérêts financiers à la recherche en paléontologie arctique. Son intention étant de poursuivre cette collaboration avec les résidents du Nunavut et spécialement avec les habitants de Grise Fiord avec qui elle correspond régulièrement. Une entente veut que les fossiles révélés au Nunavut appartiennent au territoire. Les spécimens reconstitués sont gardés au Musée canadien de la nature en attendant que le Nunavut se dote d’un lieu d’exposition adéquat.