Les Évadés - Chronique aventure : De la glace tout azimut

Le lac gelé à perte de vue. (Courtoisie : SB)

Le lac gelé à perte de vue. (Courtoisie : SB)

Parcourir le Grand lac des Esclaves, de Hay River à Yellowknife. C’est ce qu’ont fait deux francophones... en marchant sur la glace.


Alors que certains entreprennent cette traversée de plus de deux cents kilomètres avec une équipe responsable des réapprovisionnements et du campement, Sheilany Bouchard et Pierre-Benoit Rondeau Chalifoux optent pour l’autonomie. Ils la feront seuls.


Quatre jours avant le départ, le duo campe sur le lac glacé à proximité de Hay River, pour tester leur équipement et déterminer leur routine quotidienne.


Tout est transporté sur un traineau : une tente trois saisons, une toile de laine et de Gore-Tex (« LE meilleur achat à vie »), une pelle, deux sacs de couchage, un réchaud, de la nourriture déshydratée, une boussole, un GPS, un dispositif de messagerie satellite. Les raquettes figuraient également sur la liste, mais la dureté de la neige glacée fait en sorte qu’elles sont moins nécessaires que prévu.


Pierre-Benoit, spécialiste en tourisme d’aventure et en intervention plein air, révèle que ce type de voyage n’a toutefois rien d’extraordinaire, puisque l’équipement auquel ils ont accès offre un certain luxe, en comparaison à ceux qui empruntaient la route par le passé. À son avis, l’être humain 2017 est désadapté à la nature, alors que cela devrait être quelque chose de normal.

360° d’espace
« Ce qui est le fun avec cette expédition-là, c'est que c’est vraiment en région isolée, tu n’as pas d’azimut de secours, rien pour que ça aille plus vite. C’est toi qui vas te rendre, c’est tout. Sinon tu appelles les Rangers ou l’armée », raconte Pierre-Benoit.
Se déplaçant au moins une quinzaine de kilomètres par jour, Sheilany se réjouit des petits moments, où ils s’arrêtent pour les repas. Profiter. S’asseoir... et s’emmitoufler dans la fameuse couverture de Gore-Tex.


« On était comme dans notre petit cocon.... et il n’y a personne autour », explique-t-elle. En effet, la troisième et la quatrième journée, ils sont entourés... d’espace. « T’es tellement tout petit, t’es là dans le milieu d’un lac gelé... Ça n’arrive pas souvent dans une vie que tu ne vois absolument rien à 360 degrés, c’est fou, c’était juste blanc blanc blanc blanc blanc, l’horizon... le ciel... », se remémore Sheilany.


L’expédition se veut une occasion pour eux d’apprendre à se connaître, dans l’adversité. « Tu es dehors, tu peux décider de t’en aller, mais tu vas t’en aller où? Tu dépends beaucoup l’un de l’autre », fait remarquer Pierre-Benoit. Juste en face de lui, Sheilany rigole à l’idée de partir, seule dans le vaste paysage.

Se préparer à tout
Pour ce qui est de l’expédition, l’intervenant en plein air révèle l’importance d’avoir un, voire plusieurs, plans de secours, de penser à toutes les éventualités advenant une situation où, par exemple, une pièce d’équipement serait perdue ou mouillée.


« Tu ne peux pas te permettre de t’en aller, de faire le fin finaud, l’aventurier, d’aller dans des régions isolées, [de] te mettre à risque. Ce n’est pas respectueux pour les gens autour de toi. Et je ne trouve pas que c’est respectueux pour la communauté qui aime ça aller dehors. Il peut y avoir des péripéties, il peut quand même t’arriver des bêtises, t’es pas à l’abri de rien dans la vie, mais il faut être préparé. »


Côté plans de secours, le duo de la traversée est équipé d’un dispositif de messagerie satellite, le SPOT, qui leur permet de signaler que tout est OK à leur équipe de soutien, des contacts soigneusement présélectionnés, et d’indiquer les coordonnées géographiques de leur campement pour la nuit. En cas d’urgence, le dispositif permet aussi d’envoyer un message aux services de secours.

Plage, crête de glace et eau libre
Se préparer à tout, veut aussi dire :
- Se retrouver au beau milieu d’un lac gelé et discerner, au loin, ce qui apparaît d’abord comme une masse foncée et qui s’avère être un banc de sable noir proche de l’île Hardisty. Sheilany et Pierre-Benoit se retrouvent à la plage et s’arrêtent manger, en plein milieu du Grand lac des Esclaves;
- Se faufiler à travers des crêtes de glace d’une hauteur de deux mètres et demi, sur leur chemin, près de Yellowknife. « On était légers, on était à pied, pas de machinerie à faire passer, le traîneau ne pèse pas plus que 100-130 livres avec tout le stock, c'est pas stressant. »;
- Repérer une fissure dans la glace, de quelques centimètres où l’eau est libre de son plafond glacé... qui génère une légère appréhension.

Yellowknife, au loin
Avec l’intention de marcher 25 kilomètres les premiers jours, les randonneurs réalisent que leur objectif est plus difficile qu’ils ne le croyaient. Ils accumulent de plus en plus de retard, au fil du temps.
Le matin du 8e jour, ils peuvent apercevoir Yellowknife au loin, mais ont encore 37 kilomètres à parcourir. Sheilany est déterminée : « On fait ça en une journée! »
Et ils y arrivent.


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