Réchauffement climatique : Changements au sol

07 novembre 2013
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Une spécialiste analyse le sol de l'église St. Andrew, à Dawson, déséquilibrée par le dégel du pergélisol.(Photo Sarah Laxton)

Une spécialiste analyse le sol de l'église St. Andrew, à Dawson, déséquilibrée par le dégel du pergélisol.(Photo Sarah Laxton)


Le pergélisol occupe peut-être 50 % du territoire canadien, environ 30 % de la ville de Yellowknife. Causé par le réchauffement climatique, son dégel touche les infrastructures et les bâtiments. Pour partager les solutions, réseauter les chercheurs dans ce domaine, le Partenariat panterritorial pour l’adaptation (Nunavut, Territoires du Nord-Ouest et Yukon) organisait à Yellowknife, du 5 au 7 novembre, l’Atelier panterritorial sur le pergélisol.
Michel Allard était un des conférenciers invités lors de l'événement. Monsieur Allard est professeur titulaire au département de géographie de l'Université Laval et membre du Centre d'études nordiques. C'est un spécialiste du pergélisol et de la géomorphologie.
Quand il a commencé à étudier ce domaine vers 1979, c'était de la recherche purement fondamentale. Mais il s'est rapidement engagé dans la recherche appliquée, avec la construction d'aéroports au Nunavik. « Les techniques d'ingénierie n'étaient pas adaptées au pergélisol, rappelle Michel Allard, et des erreurs étaient commises. Mais à l'époque, le climat refroidissait encore alors on ne croyait pas trop au réchauffement.
Les constructeurs tenaient pour acquis que le pergélisol serait solide comme du béton pour l'éternité. »
Selon Michel Allard, le climat s'est mis à réchauffer vers 1993 dans l'est de l'Amérique à une vitesse totalement inattendue, alors que c'était plus progressif aux TNO, au Yukon et au Nunavut, jusqu'à ce que ces derniers rattrapent l'est du pays. « Nous nous sommes retrouvés, dit-il, avec une incertitude complète sur le devenir du pergélisol. »

Impact
Paradoxalement, le dégel du pergélisol arrive à un moment où on n'a jamais autant construit dans le Nord, avec l'augmentation des populations autochtones et, surtout, la mise en place d'infrastructures pour les ressources minières et pétrolières. Leur conception doit tenir compte de cette variable qu'est le pergélisol. « Lorsque le climat réchauffe, explique Michel Allard, la couche active, qui dégèle l'été et regèle l'hiver, devient de plus en plus épaisse, la glace fond et donc le terrain s'affaisse. Ça peut déstabiliser des pentes, ce qui va provoquer des glissements de terrain. Des maisons peuvent bouger, des routes se tasser. »
Selon le géographe, les catastrophes causées ainsi sont très rares parce que les déformations sont progressives et qu’on peut les voir venir sur des périodes de trois à cinq ans. Mais ce qui arrive, c'est une usure accélérée, une perte des investissements et des défis d'entretien. Selon des chiffres cités par le Conseil canadien des normes (CCN), aux Territoires du Nord-Ouest, l’adaptation des bâtiments pourrait coûter 230 millions de dollars. À Inuvik, les coûts de réparation des bâtiments dégradés en raison de la disparition du pergélisol s’élèvent à 140 millions de dollars. Lors de l’Atelier panterritorial sur le pergélisol, le CCN coordonnait, avec Affaires autochtones et Développement du Nord Canada (AADNC), une séance sur les normes en cours d'élaboration sur la conception, la planification et la gestion des infrastructures dans le Nord.
Michel Allard rapporte qu'énormément de structures sont touchées partout dans le Nord par le phénomène. À sa connaissance, au Canada, il n'existe pas d'inventaire national des bâtiments et infrastructures touchés ou à risque, le dossier relevant davantage des administrations municipales ou régionales.

Avancement des connaissances et réseaux
Qu'on parle de thermosyphons, de remblais ou autres, différentes techniques ont été développées pour amoindrir le phénomène du gel, adaptées soit aux infrastructures (pipeline, gazoduc...), soit aux bâtiments. Mais selon Michel Allard, elles sont appelées à beaucoup évoluer dans les prochaines années. Un élément majeur de succès demeurera toujours une caractérisation approfondie des sols.
Michel Allard affirme que les chercheurs sont bien réseautés à travers le monde pour partager les avancées scientifiques. « Il y a de plus en plus de projets concertés entre les pays. Nous avons l'International Permafrost Association, explique-t-il, et l'Université Laval est à la tête du réseau ArcticNet, qui regroupe plusieurs universités canadiennes et dont une équipe travaille sur le pergélisol. Notre prochaine rencontre a lieu à Halifax et il y aura une séance sur le pergélisol. Nous aurons entre autres des collègues d'Allemagne, du Danemark et du Groenland. »