Infrastructures nordiques : Cambridge Bay, la scientifique

26 août 2010
0 Commentaire(s)

Après trois années d’attente, la station de recherche de l’Extrême-Arctique du Canada a été attribuée à Cambridge Bay, une collectivité du Nunavut située sur l’île Victoria.

 

Il y avait la Kitikmeot food Ltd, qui pourvoit l’Amérique du nord en omble chevalier fumé, le parc territorial Ovayok, 1500 habitants et trois compagnies de taxi. Dans quelques années, Cambridge Bay possèdera la station arctique de recherche la plus moderne du Canada. Le premier ministre Harper a annoncé, ce 24 août dernier, le résultat de l’étude de faisabilité qui visait à sélectionner l’emplacement adéquat de la future station de recherche de calibre international. Ainsi, Cambridge Bay a été préférée à Resolute et Pond Inlet, deux autres collectivités du Nunavut. Selon le gouvernement, cette décision repose sur le rôle que joue le hameau en tant que plaque tournante des transports dans l’Arctique, le potentiel de recherche que peut offrir la région et sa proximité au développement des ressources naturelles. De plus, la région Kitikmeot qui se situe à l’extrême ouest du Nunavut est considérée comme centrale dans le Nord. Dans un discours présenté à Churchill au Manitoba alors qu’il était cloué au sol par le mauvais temps, le premier ministre Harper a vanté les stimuli économiques de cette initiative : « L’investissement dans la recherche scientifique fortifie les collectivités locales, et lorsque l’on fortifie ces collectivités c’est le Canada en entier qui est plus fort ». Les coûts de construction d’une telle infrastructure n’ont pas été révélés, mais le gouvernement a confié qu’il faudrait cinq à sept années pour l’achever.

Pour la communauté scientifique, la priorité numéro un est de voir ce projet se concrétiser afin d’améliorer les infrastructures disponibles pour la recherche dans l’Arctique. « Les infrastructures de recherche permettent aux scientifiques du Canada et du monde entier d’ouvrir leurs opportunités. Ce sera très profitable à Cambridge Bay, car beaucoup de recherches sont faites sur la géologie et ces études nécessitent des besoins logistiques importants qui pourront être accessibles grâce à cette station de recherche », indique Magdalena Muir, une scientifique impliquée avec l’Institut arctique de l’Amérique du Nord basé à Calgary. Pour certains, l’emplacement de la station sur l’île Victoria est bénéfique, mais doit s’accompagner d’un soutien logistique et financier pour permettre aux futures recherches d’exploiter ce haut lieu de la recherche arctique. Contacté sur le NGCC Amundsen, le brise-glace scientifique de la garde côtière canadienne qui navigue en ce moment dans la mer de Beaufort, Yves Gratton, océanographe et professeur à l’Institut national de la recherche scientifique, a réagi à l’annonce du premier ministre de façon tempérée. « Il y a du pour et du contre, Cambridge Bay est situé entre Tuktoyaktuk et Resolute Bay, dans une région moins bien étudiée surtout à cause de sa localisation. Le Programme du plateau continental polaire (PPCP) le plus proche est situé à Resolute et celui de Tuktoyaktuk est fermé depuis plusieurs années [12 ans]. Ils devront créer l’équivalent du PPCP à Cambridge Bay, en plus du centre de recherche », écrit-il.

Le Programme du plateau continental polaire en question est affilié au ministère des Ressources naturelles et coordonne le soutien offert aux scientifiques qui travaillent dans des régions isolées à travers l’Arctique canadien. Le rôle du PPCP est indissociable des 50 dernières années de recherche scientifique dans le Nord canadien. Son directeur, Martin Bergmann a assuré en entrevue téléphonique que la multiplication des plateformes de recherche en arctique était une bonne nouvelle pour la science.

« Si les chercheurs ont besoin d’aller à 30, 50 ou cent kilomètres de la collectivité où ils sont basés, c’est nous qui allons les aider à planifier le côté logistique de leur terrain. S’ils ont besoin d’avion, d’hélicoptère où d’équipement spécial, nous leur fournissons », explique-t-il en précisant que le centre va stimuler plusieurs recherches à Cambridge Bay et sa région avoisinante. « C’est tellement un grand territoire, avoue M. Bergman, que de poursuivre des recherches à Cambridge Bay complémentaires avec celles effectuées à Resolute, Iqaluit ou ailleurs, c’est une bonne idée. »

Dans tout ce dossier, le transport reste le point sensible de tout ce développement. Dans l’Extrême-Arctique, si l’on a le temps, c’est la voie maritime qui est favorisée, car elle est plus abordable et permet d’acheminer des charges plus imposantes que ne le permet le fret aérien. Le jour même de l’annonce, le maire de Cambridge Bay, Syd Glawson a déclaré qu’il avait déjà souligné aux gouvernements fédéral et territorial l’urgence d’effectuer des réparations aux infrastructures aéroportuaires existantes et qu'il souhaitait obtenir un nouveau quai pour son hameau.