Pendant que les États se confrontent, les scientifiques se concertent : Année polaire internationale

31 août 2007
0 Commentaire(s)


Des scientifiques d’un peu partout dans le monde étaient réunis à Yellowknife, la semaine dernière, pour échanger de l’information dans le domaine de la géomatique.

Organisée pour la toute première fois, la Conférence circumpolaire internationale sur les sciences géospatiales et leurs applications a été initiée dans le cadre de l’Année polaire internationale (API) qui se déroule en 2007 et 2008.

« C’est un projet qui a été soumis il y a deux ans au Comité international. Ensuite, nous avons eu le mandat d’organiser la conférence en collaboration avec le Centre de géomatique des Territoires du Nord-Ouest », indique Paul Jolicoeur, gestionnaire du programme Géomatique à l’appui du développement du Nord et président du comité organisateur.

« Nous avons utilisé l’API pour lancer l’initiative », ajoute celui qui travaille plus précisément au Centre d’information topographique de Sherbrooke, qui relève du ministère des Ressources naturelles du Canada.

Cette première édition fut très populaire alors que pas moins de 190 délégués ont participé aux multiples ateliers et séminaires à l’hôtel Explorer. Une quinzaine de délégués de l’Alaska étaient sur place en plus d’une vingtaine d’autres représentants de l’Europe septentrionale. Il y avait jusqu’à des scientifiques de l’Inde et du Népal, qui ont « un intérêt dans la cartographie des montagnes », qui se sont déplacés à Yellowknife. « Le Canada est un précurseur [en matière de cartographie]. Nous avons une très grande expertise », affirme M. Jolicoeur.

Ce dernier s’est dit aussi très heureux de constater qu’une trentaine de représentants des communautés autochtones du Grand Nord ont bien répondu à l’appel.

Le scientifique québécois explique qu’un des principaux objectifs de cette conférence internationale était de permettre aux représentants des agences nationales de cartographie des pays touchant au pôle Nord de discuter de la mise en place d’une infrastructure cartographique commune. Sur les huit pays de la région arctique, seules la Russie et l’Islande étaient absentes de cette rencontre.

Comme l’a affirmé dans un média national Fraser Taylor, modérateur de plusieurs ateliers à ce congrès, les politiciens internationaux auraient tout intérêt à prendre exemple sur les scientifiques et travailler en collaboration plutôt que dans la confrontation.

Le professeur en études environnementales et en affaires internationales à l’Université Carleton, à Ottawa, ajoute que les décisions politiques devraient être basées avant tout sur le savoir scientifique et non sur d’autres considérations.

Il faisait vraisemblablement allusion aux annonces récentes du premier ministre Stephen Harper d’investissements en infrastructures militaires dans l’Arctique ainsi qu’à l’expédition russe du mois dernier au pôle Nord, mené par le vice-président du Parlement russe, où un drapeau du pays a été symboliquement déposé.

Une science relativement nouvelle

La conférence a aussi été une merveilleuse occasion pour les délégués de mettre leurs connaissances à jour et voir comment la géomatique peut être utilisée pour mieux gérer les différents territoires.

Paul Jolicoeur explique que la géomatique est une science qui est encore relativement récente. « La géomatique, c’est très large! Ça relie plusieurs sciences. On parle de cartographie dans un monde d’ordinateur. […] On numérise les cartes papier et on les met à jour à partir de données satellitaires », a-t-il expliqué.

« La géomatique permet de fournir des données de base, des guides d’analyse à l’industrie. Par exemple, des géologues peuvent utiliser nos cartes pour mieux planifier leurs travaux », poursuit le scientifique.

M. Jolicoeur affirme que les exemples d’application de la géomatique sont infinis. Les données obtenues par satellite peuvent notamment servir pour mieux évaluer la fonte des glaciers dans le Nord. Elles peuvent aussi être mises à profit dans certains projets d’infrastructure comme le port en eaux profondes qui sera aménagé à Resolute Bay.

La deuxième édition de cette conférence circumpolaire est prévue pour 2009 et devrait avoir lieu à Anchorage, en Alaska.