La francophonie et le budget : « C'est l'an prochain qu'on va travailler ensemble » Mélanie Joly

Le 19 octobre, les communautés francophones ont célébré le retour au pouvoir des libéraux. Mais après avoir lu entre les lignes et colonnes du budget du 22 mars, on a constaté que les langues officielles et les communautés francophones ne sont pas prioritaires.
Dans l’énoncé budgétaire, Marie-Hélène Eddie a compté trois mentions des langues officielles et 142 des autochtones. « Depuis que Justin Trudeau est au pouvoir, on n’a vu aucun signe de sensibilité de sa part à l’égard de la francophonie en milieu minoritaire. Symboliquement, vraiment rien, même quand il n’était pas question de fonds.
« Avec le gouvernement conservateur, on n’avait pas un message très clair, ajoute la doctorante en sociologie de l’Université d’Ottawa. Mais on s’attendait à quelque chose de différent des libéraux. Ça semble plus un oubli que fait par exprès. Mais on parle beaucoup des Premières nations. »
« C'est extrêmement bénéfique que les autochtones reçoivent enfin de l'attention des gouvernements, soutient-elle. Leurs besoins sont pressants et d'ailleurs incomparables à ceux des francophones. Mais la francophonie passe inaperçue. »
La frilosité des libéraux avait été annoncée. Lors de la nomination du cabinet début novembre, la Fédération des communautés francophones et acadienne notait que la responsabilité des Langues officielles avait disparu. La ministre du Patrimoine, Mélanie Joly, avait répondu en affirmant que ce domaine faisait bien partie de son mandat. Puis elle a récemment expliqué dans une entrevue à TV5 l’inutilité des langues officielles dans son titre.
Il a fallu attendre des mois, jusqu’au 9 mars, pour que les mots « langues officielles » apparaissent pour la première fois aux Communes dans la bouche du premier ministre, en réponse à une question de l’opposition.
Le lendemain du budget, la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, a répliqué à des critiques faites par la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse sur l’absence des langues officielles parmi les priorités.
« Je vais travailler sur un nouveau plan d'action, et dans ce contexte-là, on va pouvoir s'assurer de travailler ensemble, les organisations et les différentes personnes impliquées dans la vitalité de nos communautés francophones. On va pouvoir réviser toutes les enveloppes et s'assurer qu'il puisse y avoir de nouveaux investissements, a-t-elle expliqué en entrevue à Radio-Canada Acadie. Ça sera au cours de l'année prochaine. »
La présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier, confirme les intentions ministérielles, à la suite d’un entretien du 24 mars. « Madame Joly m’a informée qu’elle va s’occuper du nouveau plan pour les langues officielles à partir de 2017. Elle va faire le tour des communautés. »
« Ça nous donnera le temps de préparer ce qu’on va demander au gouvernement, précise la présidente, et aussi lui donner le temps de travailler de son côté pour s’approprier des dossiers de la francophonie. À court terme, il y a aussi des choses à corriger. »
Des vœux pré-budgétaires avaient été présentés par la FCFA : une reconnaissance explicite de la francophonie canadienne, le plein déploiement de la Feuille de route 2013-2018, l’indexation du financement aux milieux associatif et institutionnel, des fonds pour les communications (journaux, radio, régions de Radio-Canada) et la valorisation du bilinguisme durant les fêtes du 150e du Canada.
Voici les mentions pertinentes du ministre Bill Morneau : le retour du long questionnaire du recensement (pour savoir où l’on parle français en milieu minoritaire); un investissement de 1,9 milliard en arts et culture, pour des mesures qui « protègeront les deux langues officielles » ; des fonds additionnels à Radio-Canada pour développer de nouveaux contenus ; et le rétablissement du Programme de contestation judiciaire.
La FCFA s’est montrée satisfaite de l’énoncé budgétaire. « Il y a beaucoup d’enjeux qui nous touchent au même titre que l’ensemble des Canadiens, signale Sylviane Lanthier. Si le gouvernement et les communautés peuvent travailler ensemble pour faire en sorte que les initiatives du budget aient des retombées pour les francophones, tout le monde y gagnera ».

 

 PCJC et/ou PADL ?

La conversation sur le retour du Programme de contestation aboli en 2006 se déroule sans la mention du Programme d’appui aux droits linguistiques. Résultat de pressions des minorités de langue officielle en 2009, le PADL est administré par la Faculté de droit et l’Institut des langues officielles et du bilinguisme de l’Université d’Ottawa.
Ce qui manque est un programme pour les droits à l’égalité. D’après le directeur de l’Institut, Richard Clément, des consultations sont en cours et un consensus se dégage chez les minorités francophones et anglophones à l’effet que le PADL devrait continuer.
« On a certainement l’impression qu’il faut garder les droits linguistiques séparés des droits à l’égalité. On est spécialisés dans ce domaine et ça sert mieux la population. »
Les résultats du PADL ont récemment fait l’objet d’une évaluation fédérale qui s’est avérée très positive, selon Richard Clément. L’organisme souhaite que le programme soit élargi et que son financement annuel de 1,5 million soit majoré. Le budget a promis cinq millions par année au Programme de contestation.


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