René Fumoleau tente d'expliquer les débuts ardus des missionnaires
au Canada, alors que prêtres catholiques et anglicans devaient se
côtoyer :
"Au début, il y a eu beaucoup de batailles, de divisions
entre les catholiques et les anglicans qui sont arrivés à
peu près en même temps dans la vallée du Mackenzie,
vers le milieu des années 1850. C'était la rivalité,
la bataille entre les catholiques et les anglicans; ce sont des choses
abominables, mais c'était la mentalité du temps".
Son oeuvre de missionnaire, le Père Fumoleau la perçoit
comme un partage mutuel, à travers laquelle il a autant appris qu'il
a enseigné.
"Je crois qu'il y a quelque chose de bon dans ce que j'ai appris
du christianisme, de l'homme qu'était Jésus. C'était
quelqu'un d'important pour les gens d'ici. Pour les Dènès,
Jésus était un homme libre; il faisait ce qu'il voulait faire,
il est devenu lui-même. Il a cherché, il a trouvé sa
mission, il a essayé d'être fidèle à qui il
était, fidèle à sa mission, et il n'y avait personne
qui pouvait le tirer d'un bord ou le pousser de l'autre".
Quand il explique sa vision de Jésus, René Fumoleau utilise
des termes simples et à la portée de tous :
"Il y a des gens qui voulaient s'en servir; l'emmener d'un côté
ou de l'autre, mais il disait toujours : &laqno;Non, ça m'intéresse
pas!» Les gens lui disaient : &laqno;Si tu fait ceci, tu sera notre
roi». Lui, il disait : &laqno;Moi, je m'en fous». &laqno;Si
tu dis ça, on va te tuer», &laqno;Bien, je m'en fous aussi».
Il savait ce qu'il voulait faire, ce qu'il était appelé à
faire, et puis il le faisait, et il ne déviait pas de son chemin.
C'est dans ce sens-là que les Dènès respectaient Jésus.
C'était un homme qui était droit et qui faisait ce qu'il
avait à faire, on ne pouvait pas le manipuler. C'est ça qui
est important pour les Dènès, c'est la principale chose,
je pense, qu'ils retiennent de Jésus. Quelqu'un qui est un modèle,
d'une certaine façon, pour la vie humaine."
Ce partage d'idées n'allait pas de soi pour René Fumoleau
au début de son parcours ecclésiastique, en sortant à
peine du séminaire :
"Ça m'a pris du temps, parce qu'on avait quand même
beaucoup la mentalité coloniale de ce temps-là. On avait
l'impression quand on est venu, avec les études qu'on avait faites,
qu'on était supérieur, qu'on avait un tas de choses à
enseigner, qu'on savait pratiquement tout. Mais quand on arrive là,
ça ne dure pas longtemps! (rires) Le piédestal tombe vite!"
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- Je ne crois pas en Dieu
-
- Mon amie et moi, on parlait depuis longtemps
- de choses et d'autres, de tout et de
rien,
- quand subitement elle me dit:
- "Tu sais, moi, je ne crois pas en
Dieu"
- J'étais curieux: "Alors,
tu crois en quoi?"
-
- Elle ouvrit ses bras tout grands:
- "Je crois au mystère des
étoiles,
- et à la profondeur des océans.
- Je crois qu'il faut respecter la nature,
- utiliser ses ressources avec sagesse,
- et prendre soin de tout ce qu'on touche".
-
- Elle sourit: "Je crois
- au silence et à la musique,
- aux rythmes et aux couleurs,
- au petit caillou et à la haute
montagne,
- au léger papillon et à
l'arbre majestueux,
- je crois à la vie que j'ai transmise
à mes deux enfants".
-
- Ses yeux brillèrent:
- "Je crois à la dignité
de chaque être,
- à son intelligence et à
son esprit créateur,
- au respect de ses idées et de
ses choix.
- Je crois à la liberté et
à la solidarité de tous".
-
- Elle chantait presque:
- "Je crois que chaque personne
- doit combattre toute injustice
- et toutes formes d'aliénation,
- pour atteindre sa plénitude de
vie,
- et pour bâtir un monde plus humain".
-
- Elle se leva, prête à danser:
- "Je crois à l'amour, aux
enfants exhubérants,
- aux couples unis, et aux sages vieillards.
- Je crois à la peau douce de mon
bébé,
- et aux rides de mes grand-parents.
- Je crois être en tous, et tous
en moi".
-
- Elle chuchota: "Mais je ne crois
pas en Dieu".
-
- Le lendemain, par hasard,
- je lus ces mots de Paul dans sa lettre
aux Romains (10, 20):
- Dieu dit: "Ceux qui ne me cherchaient
pas m'ont trouvé.
- Et je suis apparu à ceux qui ne
me demandaient rien".
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