Travailler pour la santé : Wha Ti

21 mai 1999
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Pour offrir les soins de santé adéquats dans les petites communautés, le personnel doit avoir les nerfs solides. De longues heures de travail, des situations d'urgence délicates mais, en bout de ligne, une expérience qui en vaut la chandelle.

Avoir l'esprit bohème est sans nul doute une des qualités requises pour travailler dans le domaine de la santé, dans les petites communautés autochtones.

Au Centre de santé de Wha Ti, ils sont trois à avoir choisi d'orienter leur carrière pour pouvoir améliorer l'état de santé des gens : l'infirmier en chef, Robert Ralph, l'infirmière, Sherly Barnes et l'hygiéniste dentaire, Cathleen L'Espérance. Ensemble, ils forment une équipe solide qui a appris à se débrouiller avec des moyens restreints dans des situations souvent imprévisibles.

«Deux infirmiers suffisent pour couvrir les besoins de la communauté. Par contre, lorsque l'un de nous est absent, c'est possible de se débrouiller, mais après quelques jours, ça devient très épuisant», explique l'infirmier en chef, Robert Ralph, qui travaille au Centre depuis trois ans.

Avec trois lits à leur disposition, il est possible de garder les patients une nuit ou deux au centre mais, la plupart du temps, lorsqu'un cas d'hospitalisation se présente, on essaie d'envoyer le malade le plus vite possible, par avion, à l'hôpital régional Stanton de Yellowknife.

Un médecin vient faire une visite de reconnaissance une fois par mois, le reste du temps, ce sont les deux infirmiers qui doivent intervenir et donner les soins qu'ils jugent adéquats.

«Il nous arrive de perdre des patients, faute de temps et de moyens... mais ça fait partie des réalités qui vont avec la pratique de la médecine en région éloignée», souligne l'infirmière Sherly Barnes qui a toujours travaillé auprès des communautés autochtones et même comme sage-femme dans un petit village du Népal.

À Wha Ti, malgré les maladies infantiles qui s'attaquent aux poumons des jeunes enfants et le taux de maladies vénériennes qui est l'un des plus élevés au pays, la santé des gens est plutôt bonne.

«Par chance, nous n'avons, jusqu'à ce jour, détecté aucun signe de VIH», spécifie M. Ralph.

Selon l'infirmière Barnes, parmi tous les maux, c'est plutôt la santé mentale qui inquiète davantage.

«La santé mentale des gens de la communauté est très fragile. Il y a de nombreux cas de suicide, d'homicide et de négligence envers les enfants. D'ailleurs, la malnutrition est un gros problème ici», explique-t-elle.

On dit que sur 450 $, les parents peuvent dépenser 400 $ pour jouer aux cartes et au bingo, et ne garder que 50 $ pour nourrir leurs enfants.

«En général, les gens se nourissent très mal. Leur alimentation est constituée de chips et de boissons gazeuses», ajoute Mme Barnes.

Par contre, la santé des personnes âgées est étonnante.

«À Wha Ti, le taux de diabète, chez les aînés, est très faible comparativement au reste du pays. Ici, il n'y a que deux cas de diabète connus. Cela est relié au fait que toute leur vie, les aînés se sont nourris de poissons et de viande sauvage», renchérit M. Ralph.

Quant à l'hygiène dentaire, elle est dans un état plutôt boîteux. Les enfants souffrent de ce qu'on appelle la carie du biberon. Dès l'âge de deux ans, ils doivent se faire extraire les dents de devant parce qu'elles sont complètement cariées et que leur gencives sont infectées. Il s'agit là d'un exemple de négligence parentale puisque les parents laissent leurs jeunes bébés s'endormir et passer toute la nuit avec leur biberon à la bouche.

«Heureusement, depuis huit ans, il y a un hygiéniste dentaire à Wha Ti et la situation s'est nettement améliorée. Beaucoup de prévention est faite à l'école et auprès des familles», mentionne l'hygiéniste dentaire, Cathleen L'Espérance.

Depuis son arrivé, l'infirmier en chef constate aussi une baisse du nombre d'enfants souffrant du syndrome d'alcoolisme foetal.

«On retrouve beaucoup ce symptôme chez les jeunes âgés entre 3 et 8 ans. Ils éprouvent entre autres des problèmes d'attention et de concentration. Mais, dans les trois dernières années, de moins en moins de jeunes souffrent de ce syndrome. C'est sûrement grâce au travail de sensibilisation qui a été fait auprès des familles», indique M. Ralph.

Cela dit, pour rien au monde ces trois travailleurs de la santé ne laisseraient leur poste parce qu'il y a un petit côté aventurier à travailler dans une communauté comme Wha Ti, parce qu'il y a tout un défi à relever et parce qu'il y a, d'abord et avant tout, de l'espoir.