La nature humaine confrontée aux abus d'alcool : Wha Ti

07 mai 1999
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Situé à 200 km au nord-ouest de Yellowknife, près du Lac La Martre, se trouve la communauté de Wha Ti.

Peuplé par les Dogribs, le quotidien y est encore fortement influencé par les traditions et les valeurs de leur culture ancestrale, toutefois, le spectre d'un malaise social profond y rôde et se fait parfois menaçant.

Lorsqu'on met les pieds dans une communauté autochtone où, sur une population de 450 habitants, seul 25 blancs y vivent, peut-être vaut-il la peine de retirer ses lunettes de «blanc-sudiste» afin d'essayer de porter un regard plus juste, et surtout, plus neutre sur la réalité qui nous entoure.

Toutefois, comme toute agglomération, Wha Ti connaît son lot de problèmes sociaux devant lesquels on ne peut fermer les yeux. Par chance, l'amour de la nature vient compenser pour les douleurs dont souffre cette communauté.

La pêche et la chasse font partie du quotidien. Tellement, que tous les habitants, se réjouissent lorsqu'ils aperçoivent, au loin sur le lac, les caribous courir et s'approcher du village. Les gens se rassemblent, sortent leurs jumelles et passent le mot: «les caribous sont tout près»! Joie et frivolité se répandent et, pendant un instant, tous les problèmes semblent s'envoler pour ne laisser place qu'à l'émerveillement devant ce cadeau de la nature.

«Lorsqu'on amène les jeunes en expédition de chasse et de pêche pour quelques jours, ils semblent tout oublier...leur esprit se libère», explique Mary Anne Gauthier, conseillère en Drogue et alcool.

Wha Ti est reconnu pour être une «communauté sèche», c'est-à-dire une communauté où la consommation de boisson alcoolisée est interdite.

Cependant, l'alcoolisme y est tout de même une réalité qui entraîne avec elle une spirale de problèmes : négligence envers les enfants, violence et contrebande.

«Je ne suis pas convaincue qu'une «communauté sèche» soit une bonne chose.

Au contraire, devant l'interdit, les gens doivent faire de la contrebande pour obtenir de la boisson et se cacher pour consommer», ajoute Mme Gauthier.

Une route d'hiver permet d'avoir accès à la communauté par véhicule de novembre à la mi-avril, pendant cette période, on constate une recrudescence de la consommation de drogues et d'alcool.

«Lorsque la route est fermée, les gens payent 80$ pour une bouteille de 10 oz d'alcool et 25$ pour un joint de marijuana», indique Mme Gauthier,«alors que durant l'hiver, un joint de mari coûte 10$ et les gens vont acheter leur boisson à Yellowknife».

Selon l'agent de police, Perry Anthony, qui travaille au poste de la Gendarmerie Royale du Canada de Wha Ti, la route d'hiver ne ralentit en rien la contrebande. «Wha Ti devrait être une communauté «sèche», mais sur une base régulière, été comme hiver, on fait des arrestations reliées à la contrebande de drogues et d'alcool», explique-t-il, «le problème c'est que personne ne semble vouloir faire quelque chose pour remédier au problème.»

Pour sa part, Mme Gauthier explique que certaines personnes veulent s'en sortir et déploient les efforts nécessaires pour y arriver, mais cette nouvelle attitude n'en est qu'à ses premiers balbutiements.

Le coeur du problème semble venir, entre autres, du Conseil de bande puisque bien que ce dernier aimerait faire de Wha Ti une communauté sèche, certains dirigeants éprouvent eux-mêmes de sérieux problèmes d'alcool.

Qui alors peut donner l'exemple?

«L'alcoolisme prend racine dès l'enfance. Pour améliorer la situation, il faudrait changer, d'abord et avant tout, l'environnement familial. Tout le travail doit être fait afin de rehausser l'estime et la confiance en soi des individus», explique Mme Gauthier.

Fait cocasse, autant la consommation de drogue et d'alcool peut se faire de façon incontrôlée, autant les gens pourront s'en passer s'ils n'en ont pas à leur disposition. «Les gens peuvent boire un 10 oz d'alcool d'un seul coup, mais si on les amène en expédition, et qu'ils n'ont le droit de consommer ni drogue, ni alcool alors ils s'en passeront sans même se plaindre. C'est comme si la modération est une notion qui leur échappe», renchérit Mme Gauthier.

Malgré les maux qui entachent leur quotidien, les Dogrib restent de nature joviale et enjouée. Ils aiment rire et, chez eux, l'entraide va de soi.

«Ils savent qu'ils sont chanceux de vivre dans de la nature. Ils adorent pêcher et chasser. Ils apprécient la paix qui les entoure», conclut Mme Gauthier.