Olivier a grandi à Paris, il a 21 ans. Il veut passer le reste de sa vie
dans la nature. Il y a trois ans, il vient à Yellowknife pour trouver des
Autochtones qui accepteraient de lui apprendre des techniques de survie.
«Je ne connaissais personne, alors je me suis adressé à un guide
touristique, dit-il. Il m'a conseillé d'aller d'abord en terre inuite.»
Il va camper pendant trois semaines à Kugluktuk, anciennement appelé
Coppermine. Mais il ne reçoit aucune réponse positive de la part des
habitants. «Sans doute la population n'était pas très rassurée de voir
quelqu'un d'inconnu, tout seul, explique-t-il. La police m'a demandé de
partir.»
Retour à Yellowknife. Le même interlocuteur l'envoie auprès de Muriel
Betsina, une Autochtone qui a été élevée dans le bois. «elle m'a dit que,
sur le moment, elle n'était pas disponible, raconte-t-il, mais que si je
restais en contact avec elle, un beau jour elle me dirait quand je pourrais
venir.» Olivier rentre en France. Pendant deux ans, il écrit, il téléphone,
mais toujours Muriel Betsina répondait qu'elle n'était pas prête. Enfin,
l'été dernier, elle lui dit qu'il peut venir.
Commence alors la migration vers le Grand lac de l'Ours. Olivier participe
aux tâches familiales, son travail est apprécié. Il demeure avec cette
famille pendant quelques semaines puis il lui faut trouver d'autres
personnes. Il est accueilli par Louis et Alisette, au Grand lac des
Esclaves. Il passe un hiver dans la cabane de Louis, sans route, sans eau
ni électricité. Il chasse du petit gibier au collet, apprend à faire de la
viande séchée, à pêcher, à faire du pain. Les gens commencent à l'appeler
Olivier Able, fils de Louis et Alisette Able. «C'est vrai que c'est
pratiquement ma famille, dit-il, pour eux je suis un peu comme un fils
adoptif.»
Mais Immigration Canada rattrape le jeune coureur des bois. Il est obligé
de quitter le pays. Son retour, au début d'octobre, est étroitement
surveillé. Un temps limite de séjour lui est imposé.
Cela ne le décourage pas. Il se prépare pour un deuxième hiver dans la
cabane. «Ça prend du temps d'apprendre, car la vie dans le bois ne fait
plus partie de leur vie de tous les jours, dit-il, et ils doivent se
montrer disponibles envers moi. Mais je sais que quelqu'un comme moi est un
espoir pour garder des savoirs en perdition.»
Convaincu qu'il est possible de vivre des ressources qu'offre la nature,
Olivier veut sauver des gestes qui ne peuvent être appris que par l'exemple
et l'expérience. Son objectif de vie a également pour but de maintenir des
techniques vivantes, dans des contextes et des circonstances connues des
Amérindiens, en souhaitant que des générations futures pourront les
connaître de la même façon.