Tout excité à l'idée de descendre dans les entrailles de la terre, notre
petit groupe de cinq arrive sur la propriété de la Con Mine en compagnie de
notre guide, Fernand Denault. Celui-ci travaille à la mine d'or et il
connaît son affaire : il est dans le métier depuis une trentaine d'années.
Une lampe frontale, des gants, une bombonne de survie (transformant le
monoxyde de carbone en dioxyde de carbone si jamais il y avait un problème
de ventilation), des bottes de caoutchouc, des lunettes protectrices, un
habit bleu, et voilà, nous sommes prêtes!
Vêtues de notre attirail, mi-schtroumpfette mi-mineur, nous entrons dans
une salle remplie de schtroumpfs ! Définitivement, nous sommes la minorité
visible et Fernand se fait taquiner d'être si bien entouré ! Nous
embarquons dans la cage d'ascenseur, en compagnie des travailleurs. La
grosse structure de métal se met à descendre, descendre, descendre jusqu'au
31 pour « 3100 pieds sous les profondeurs ».
Arrivées à l'étage, nous laissons les mineurs passer devant. Ils se
dispersent dans les corridors sombres et disparaissent peu à peu comme les
rats dans les métros de Manhattan. C'est parti ! L'air est lourd et humide.
Ça vous prend à la gorge. Nous longeons des rails de chariots servant à
transporter la roche imprégnée du précieux métal. L'utilité des bottes de
caoutchouc se révèle très rapidement : le sol sur lequel nous marchons est
en fait une boue visqueuse parsemée de flaques d'eau. Heureusement que
notre guide connaît le terrain, car il est très facile de se perdre dans
une galerie.
Un grondement intense retentit, tout vibre autour de nous. Nous avançons
encore un peu plus et arrivons en face de deux yeux. Les deux faisceaux
lumineux de la machine nous regarde, droit dans les yeux. Le tunnel est à
peine plus gros que le monstre mécanique qui charrie les roches d'un récent
dynamitage. Deux hommes travaillent. Ils prennent une petite pause le temps
de nous expliquer comment fonctionne une foreuse.
- Vous voulez essayer de forer mesdames ?
- Oui, pourquoi pas !
Après l'installation de bouchons dans nos oreilles, nous prenons, chacune
notre tour, le contrôle de la foreuse et goûtons aux plaisirs de la
vibration ! La foreuse crache de l'eau, ce qui aide à diminuer la
poussière. Il y en a déjà assez dans l'air, faut pas en ajouter !
Nous poursuivons la visite et nous entrons dans un tunnel désert. Fernand
nous suggère d'éteindre nos lampes frontales. Noirceur totale ! Notre
guide nous raconte que sa lampe a déjà rendu l'âme lorsqu'il travaillait,
seul, dans les profondeurs.
Un peu plus bas, on entre dans la shop des électriciens située à quelque
4000 pieds sous terre. Plus nous descendons, plus l'air est chaud et
humide, chargé d'odeurs d'huile et de diesel. Malgré les gros tuyaux jaunes
qui assurent la ventilation, l'oxygène se raréfie. Finalement, nous
atteignons dans un petit ascenseur, le fond du trou. Nous sommes à 6100
pieds. Étrange. Toute la roche concassée est envoyée, depuis chaque étage,
au fond de la mine, après quoi, elle remonte à la surface dans l'immense
ascenseur. Et l'or ? Où est-il ? Il se cache dans cette roche grisâtre qui
sera traitée pour en extraire le précieux métal.
De retour à l'air libre, après trois heures d'une vie de taupe, nous sommes
toutes d'accord sur un point : pas de changement de carrière à l'horizon.
Mes yeux se posent sur ma bague en or. Je ne la vois plus de la même façonŠ
Et je salue tous les mineurs qui descendent, chaque jour, dans les
profondeurs.