Éditorial : Une question de priorités

25 juin 2015
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La Gendarmerie royale du Canada (GRC) vient de rendre publique une mise à jour sur le dossier des femmes autochtones assassinées et disparues. Leurs conclusions n’ont rien de vraiment étonnant si on prend en compte toutes les constatations de la Commission sur la vérité et la réconciliation (CVR) : la violence faite aux femmes autochtones est enracinée dans le phénomène de la violence familiale. Les femmes autochtones sont surtout les victimes de personnes vivant dans leur entourage immédiat, famille, amis et connaissances.
Lors des travaux de la CVR, on a bien vu à quel point des milliers d’Autochtones sont ressortis meurtris des pensionnats. Et on a aussi pu constater à quel point les séquelles psychologiques se sont perpétuées de génération en génération : les violences subies par des personnes en position d’autorité sont ensuite infligés à des personnes sous leur autorité. Et le cycle de violence se perpétue.
À mon avis, il est prioritaire maintenant de s’attaquer au problème et de tenter de ramener un peu de sécurité aux femmes autochtones. Ça ne sera pas un exercice à court terme. Je ne serais pas surpris si l’opération en question était encore active dans 40 ou 50 ans. Et ça va prendre des centaines de millions de dollars (peut-être même des milliards) pour mener à bien cette opération. Et il faudra la commencer très bientôt, car chaque année qui passe ajoute son nombre de femmes autochtone victimes de violence (32 meurtres en 13 mois depuis le dernier rapport de la GRC).
Mais il semble que plusieurs personnes croient que la priorité n’est pas d’assurer une plus grande sécurité pour les femmes autochtones, mais plutôt de faire encore plus de recherche en instituant une commission d’enquête. Ça va régler le problème une commission d’enquête. Si vous croyez à ça, c’est que vous visez un emploi sur cette commission, ou que vous vivez dans un monde imaginaire.
Lorsque j’ai vu que le chef national de l'Assemblée des Premières Nations Perry Bellegarde qualifiait le document de la GRC « d'appel urgent à l'action dans cette crise nationale », je croyais qu’il y aurait enfin un appel à l’action. Peine perdue, il veut encore avoir des millions gaspillés dans de la recherche et sur une commission d’enquête.
Mais le pire, c’est l’appel à l’action du gouvernement canadien. La position conservatrice est encore plus douteuse : on a besoin de plus de policiers. Vraiment? Alors qu’on sait que la majorité des agresseurs souffrent eux-mêmes des séquelles psychologiques profondes, un policier de plus dans le village n’aidera pas la situation. Certains des jeunes agresseurs vivotent sur une mince ligne entre le goût de vivre et le goût de se suicider, alors la présence d’un policier ne sera certainement pas une façon efficace de contrôler ce jeune pendant très longtemps. La présence de travailleurs sociaux et de psychologues serait autrement plus efficace à mon avis.
Ce n’est plus de temps de faire de la recherche. C’est le temps d’agir afin d’aider ces collectivités à guérir et à se prendre en main.