Multimédia : Une ode à Yellowknife

06 février 2014
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Pour la réalisatrice France Benoit, il y a une générosité propre à Yellowknife. Elle en propose de multiples facettes sur sa page multimédia. (Maxence Jaillet)

Pour la réalisatrice France Benoit, il y a une générosité propre à Yellowknife. Elle en propose de multiples facettes sur sa page multimédia. (Maxence Jaillet)

France Benoit met en scène la thématique du don
 

Il aura fallu quelques mois, mais c'est fait : il existe désormais une version française de L'art de donner, un projet multimédia de la cinéaste yellowknifienne France Benoit.
Au total, le site Internet artdedonner.ca donne accès à deux séries de courts-métrages et à des œuvres de René Fumoleau (littérature), Dave Brosha (photographie), Dianne Mercredi (linogravure), etc. Le fil conducteur? Le thème du don, dans toutes ses formes, telles qu'elles peuvent s'exprimer dans la capitale ténoise. Il est mis de l'avant dans la série de films en noir et blanc où l'on voit des gens de l'Armée du Salut laver les pieds à leurs hôtes, ou encore cette directrice d'une entreprise de pompes funèbres prenant soin du corps d'un individu sans famille. Il s'exprime encore dans une seconde série de films réalisée pour l'Association franco-culturelle de Yellowknife (AFCY) sur les femmes qui ont immigré — et pris racine — à Yellowknife. Enfin, la notion du don s'exprime également à travers la créativité d'artistes locaux.
Car pour France Benoit, il existe une générosité propre à Yellowknife. Celle de la nature, celles aussi des communautés. « Elle est à la fois plus forte et différente qu'ailleurs, élabore France Benoit en entrevue à Radio Taïga. Il y a d'abord cette économie d'échelle typique d'une petite ville, qui fait qu'on voit la portée de nos gestes quasi immédiatement. Et il y a la spécificité de la communauté francophone. La plupart d'entre nous n'ont pas de famille ici, nos amis et collègues de travail en tiennent lieu. Je pense que ça vient rechercher le meilleur de nous-mêmes. »
Avec son projet multimédia, la réalisatrice espère inspirer les gens afin qu'ils prennent conscience qu'il est facile de faire des gestes simples ayant une grande portée. Simultanément, elle veut montrer pourquoi on aime être à Yellowknife. « C'est mon ode à Yellowknife, de dire France, c'est ma symphonie. J'ai su trouver les mots et les gestes pour démontrer pourquoi c'est chez nous ici. »

Un accueil favorable
Au départ, France Benoit ne prévoyait pas faire une série sur L'art de donner, mais l'accueil du premier court-métrage — Un pied dans la main — tout autant que l'incidence d'une réflexion personnelle l'ont incitée à poursuivre l'exploration. « Un pied dans la main a eu un succès incroyable, rappelle la cinéaste. Il a été dans une vingtaine de festivals tant francophones qu’anglophones. J'ai été la première réalisatrice des Territoires à être invitée à Hot Docs (Toronto), le plus gros festival documentaire d'Amérique du Nord. » Ce succès, analyse France Benoit, est dû à la facture esthétique du film : l'utilisation du noir et blanc avec une touche minimale de couleur, l'absence de visages et la sobriété des dialogues. Elle croit aussi que les spectateurs ont été touchés par la simplicité des gestes. « Laver des pieds, c'est de l'eau et du savon. Mais il y a là un engagement. De là est venue l'idée de continuer d'explorer ces gestes, qui ont une portée incroyable dans la communauté, mais qui sont très simples et d'une grande humilité. Je pense qu'il y a là quelque chose de très profond et on s'ennuie de ça dans nos vies. Cette communion, qu'on peut avoir avec un autre être humain qu'on ne connaît absolument pas, nous ramène aux choses importantes, à une grande humilité, à la grande preuve d'amour d'aller sans attente vers l'autre. »

Prochainement
France Benoit a tourné l'été dernier à Yellowknife sa première fiction. Il s'agit d'un court-métrage adaptant la chanson de James Keelaghan Kiri's Piano, qui décrit l'expérience d'une Nippo-Canadienne internée chez nous durant la Seconde Guerre mondiale. Le film devrait être présenté cet automne au Festival international de films de Yellowknife. La réalisatrice est actuellement en préproduction pour un film sur la mine Giant, avec la collaboration des Dénés Yellowknives. Le tournage devrait débuter cet été.