Éditorial : Une différence de majorité

10 avril 2014
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Dès que je prends connaissance des résultats d’élections, un fait me saute aux yeux : il y a une différence entre un parti qui représente une majorité de circonscriptions électorales et un parti qui représente la majorité des électeurs.
Dans notre système électoral multipartite, on ne voit que très rarement un parti politique recevoir une majorité des votes exprimés. En fait, depuis que j’ai l’âge de voter (c’était en 1976), je n’ai jamais vu un parti politique canadien récolter une majorité des votes. Cela s’est peut-être produit en Alberta, là où le parti conservateur règne en maitre, mais je n’ai aucune statistique en main.
Je n’ai donc aucun problème pour affirmer que les gouvernements au Canada ne représentent jamais une majorité de Canadiens.
Malgré tout, cela n’a jamais empêché les divers gouvernements provinciaux et fédéraux de s’appuyer sur leur majorité de sièges en chambre pour clamer haut et fort représenter la majorité de leurs électeurs.
C’est ce type de revendication fallacieuse d’une autorité ultime qui a fait en sorte que tout au long de l’histoire, des gouvernements ont envoyé mourir des soldats à la guerre, renoncer à des accords internationaux (l’Accord de Kyoto) et poser comme un emblème de la volonté des Canadiens sur la scène internationale.
J’ai également senti cette interprétation de leur place privilégiée dans le portrait politique canadien lors du passage du Comité permanent sur les langues officielles. Je me souviens d’un député conservateur qui ne comprenait pas que des besoins locaux puissent différer des besoins qu’eux expriment à titre de représentants des Canadiens à partir d’Ottawa.
C’est pourquoi je suis un peu craintif à quelques mois de la divulgation des priorités de financement de Patrimoine canadien, sachant que derrière ces choix reposent une confiance absolue du gouvernement de représenter l’ensemble des Canadiens.
Mais il faut quand même espérer qu’ils arriveront avec un mécanisme qui permettra une expression des besoins locaux et régionaux dans la détermination des priorités d’action.