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Surveillance de la rivière : Une débâcle qui dure longtemps

Favori Impression :: Une débâcle qui dure longtemps Françoise JaussoinFrançoise Jaussoin
Paru le 07 mai 2009
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Le mercredi matin 6 mai à 8 h 30, l’eau s’écoule dans le bras Ouest de la rivière au Foin, tandis que le bras est est toujours bouché par les glaces (Photo : Françoise Jaussoin)
Le mercredi matin 6 mai à 8 h 30, l’eau s’écoule dans le bras Ouest de la rivière au Foin, tandis que le bras est est toujours bouché par les glaces (Photo : Françoise Jaussoin)

La rivière au Foin (Hay River) est la plus surveillée au Canada durant le temps de la fonte des glaces. Depuis quatre jours, Faye Hickes et son équipe sont en poste 24 heures sur 24 sur les berges de la rivière.

 

Le samedi 2 mai, la débâcle a débuté silencieusement au niveau du pont Pine Point, à l’entrée de Hay River. Tout doucement, en début d’après-midi, des fissures se sont largement ouvertes puis des morceaux de glace ont dérivé au fil du flot engourdi. Quatre jours plus tard, la vague puissante continue à couler, charriant des blocs de glace, le niveau d’eau augmente lentement mais sûrement, élevant peu à peu les blocs empilés de glace au niveau du haut des berges. Au sud, il y a encore de longs bancs de glace de plusieurs kilomètres de long, bloqués ou dérivants, qui franchissent péniblement les gorges de la rivière avant d’être paralysés au niveau du pont de l’île Vale et du canal est de la rivière.

Les étudiants de l’Université de l’Alberta, membres du laboratoire d’étude des rivières et des glaces (River Ice Engineering), sont étonnés par cette débâcle si longue. L’an passé, en deux jours tout était achevé selon eux. Aujourd’hui ils constatent une lenteur qu’ils ne connaissaient pas.

« Chaque rivière a sa personnalité et on ne peut jamais faire de prédiction sur son comportement », souligne Faye Hicks, directrice du laboratoire universitaire, qui étudie la rivière au Foin depuis plusieurs années. Ingénieure de formation, elle est spécialisée dans l’étude de la glace et de ses réactions. « Mon rôle consiste à faire des prévisions en temps de débâcle et notamment sur l’évolution des glaces », poursuit-elle.

Non seulement ses travaux permettent d’avertir à l’avance sur l’impact d’un événement possible, mais les modèles de prévision qu’elle met au point sont en licence libre d’utilisation et peuvent être utilisés par des gouvernements, des municipalités, des compagnies privées, des consultants, des chercheurs. « En Alberta, des usines hydroélectriques fonctionnent en ouvrant et fermant alternativement des conduites d’eau et des turbines. En été, c’est une procédure facile, l’eau coule librement. Mais en hiver, avec la glace, comment faire? Comment prévoir le comportement et l’impact des glaces en période de fonte par exemple? »

Dans le cadre de la surveillance de rivière, Mme Hicks propose trois types de prévision. La première consiste à prévoir sur une période de plusieurs semaines comment la débâcle peut évoluer, avec des données concernant les épaisseurs de glace, les masses d’eau, la morphologie de la rivière.

Ensuite, grâce aux caméras disposées tout au long du cours d’eau, il est possible d’extraire des calculs à partir des mesures faites heure après heure. La prévision entre dans du moyen puis du court terme.

La troisième prévision rejoint le caractère immédiat d’une évacuation proche, à réaliser dans un intervalle de quelques heures à peine à partir du moment où le modèle des calculs confirme l’imminence d’une inondation. C’est ce qui s’est passé dans la nuit du 5 au 6 mai. Alertés vers 3 h de l’approche d’une masse d’eau en provenance d’Enterprise, les agents municipaux sont allés réveiller les habitants de l’île Vale pour leur demander de quitter tout de suite leur domicile. À 8 h, le canal ouest était débouché, pendant que le canal est était encore fermé par des glaces compactes.

Mme Hicks reconnaît que la ville de Hay River est la plus attentive année après année aux aléas d’une débâcle. « La municipalité investit beaucoup de temps et d’argent dans la surveillance. Les gens ici vivent avec la rivière depuis toujours, ils savent qu’ils peuvent subir une inondation et ils se donnent des moyens de mesure et donc de prévention, dit-elle. C’est la seule ville que je connais au Canada qui surveille autant sa rivière. »

 

 

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