Écoles résidentielles : Une 3e voix pour affronter une histoire sordide

03 décembre 2015
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Les membres du Cercle des grands-mères de l’Union nationale métisse de Saint-Joseph du Manitoba : des femmes métisses et africaines apprennent à se connaître et partagent leur créativité. (Photo : La Liberté)

Les membres du Cercle des grands-mères de l’Union nationale métisse de Saint-Joseph du Manitoba : des femmes métisses et africaines apprennent à se connaître et partagent leur créativité. (Photo : La Liberté)

La Commission sur la vérité et la réconciliation a inauguré en novembre son Centre national à l’Université du Manitoba. Déjà dans l’Ouest canadien, des démarches de réconciliation ont lieu au sein des communautés francophones.
Une grande murale décore une gare du quartier francophone d’Edmonton. On y voit un évêque flanqué d’une sœur grise en uniforme tenant un enfant dans ses bras. Derrière, des autochtones dans un campement et un édifice qui pourrait être un pensionnat.
On peut comprendre l’aspect dérangeant de l’œuvre de Sylvie Nadeau, créée en 1989, avec la participation de la ville, des francophones et autochtones. La murale a été dénoncée et remplacée par une nouvelle œuvre de l’artiste, le tout dans la mire des médias.
« L’expérience des écoles résidentielles est profondément violente pour les autochtones, reconnait le directeur général de la Société historique francophone de l’Alberta, Denis Perreaux. On parle de génocide culturel.
« Mais les francophones sont frustrés de voir se dévaluer l’histoire de leur communauté. On a plein de reconnaissance pour les oblats et les religieuses qui ont créées les premières écoles. Pour nos ancêtres, dit-il, ces écoles étaient leur survie. Ces religieux sont des héros. C’est pénible de les voir accusés de crimes et les gens ont de la difficulté à exprimer ça. »
Le processus de remplacement de cette murale et d’autres s’est récemment complété, mais les parties n’avaient pas eu, jusqu’au 14 novembre, l’occasion de se rencontrer. Lors de sa Foire annuelle sur le patrimoine, la société a réuni des artistes, des militants autochtones et francophones, ainsi que les instigateurs du projet original et coordonnateurs du remplacement des murales.
Le « cercle de travail » incluait la Ville d’Edmonton, des organismes francophones et autochtones, ainsi que la Commission sur les pensionnats, qui a financé la démarche.
« Les participants ont pris connaissance de la problématique, rapporte Denis Perreaux. Moi, j’ai été traumatisé par l’expérience. Je me sentais impuissant dans le processus. Je m’identifie à l’histoire de notre communauté. Mais j’ai une immense soif pour le travail de réconciliation. Je me disais que si nous, les francophones, on n’est pas engagés là-dedans, on va rester des boucs émissaires.
« On a voulu se conscientiser mutuellement, soutient-il, et c’est ce qui est arrivé. Des sentiments ont été exprimés. On a reconnu que personne n’a besoin de s’effacer quand on accepte une troisième voix. C’est juste le début de la conversation. »
Le directeur général souligne que la démarche porte déjà des fruits. L’Association canadienne-française de l’Alberta et la Metis Nation of Alberta s’invitent mutuellement lors d’évènements protocolaires. Le CNVR pourrait appuyer d’autres projets, estime Denis Perreaux, « pour des dialogues autour de projets structurants. »
Le Centre national a été créé en 2013 afin de préserver pour toujours le souvenir du régime des pensionnats indiens et son héritage. Il offrira ses services dans les deux langues officielles. Quelque 7000 témoignages vidéo des survivants y seront stockés et publiés sur le web. Pendant 120 ans, les écoles résidentielles ont permis d’arracher 150 000 enfants de leur famille et de les entasser dans des pensionnats. »
En juillet, le centre a nommé l’avocate franco-manitobaine Aimée Craft à titre de directrice de recherche. Elle est membre de l’Union nationale métisse de Saint-Joseph du Manitoba.
« On va absolument faire des projets avec le centre, affirme la présidente de l’organisme, Paulette Duguay. On sent chez nos membres de l’intérêt pour le rapport de la commission sur la vérité et la réconciliation. Les Métis ont toujours été inclusifs, c’est dans notre tradition. Ma mission personnelle est de créer des liens. On veut que les autochtones et non autochtones se retrouvent dans cette démarche de réconciliation. »

Métisses et africaines
Un des premiers projets de l’union dans ce sens est un Cercle des grands-mères. Huit rencontres d’une quinzaine de femmes métisses et africaines ont eu lieu au cours de l’automne pour créer des liens d’amitié et partager leur créativité. On s’est rendu compte que les grand-mères d’origine diverses se connaissaient peu.
« C’est notre premier effort, souligne la présidente, une grand-mère de dix petits-enfants. C’est incroyable à quel point c’est une réussite. On est devenues des meilleures amies. Il y en a une que j’invite chez nous pour le repas de Noël. Je ne sais pas où on va aller avec ça, mais on va élargir le groupe et inviter des femmes plus jeunes aussi. »