Éditorial : Un vide à remplir


Parlons d’un sujet très délicat : l’aide médicale à mourir. Le 6 juin marquait la date butoir décrétée par la Cour suprême du Canada dans l’arrêt Carter : après cette date, l’alinéa 241b) du Code criminel, qui prohibe l’aide médicale à mourir, devient inopérant.
En ce moment, le projet de loi fédéral sur l’aide médicale à mourir est en suspend au niveau du Sénat. Le résultat est que dans les provinces sans réglementation, il y a un vide juridique et l’aide médicale à mourir est parfaitement légale.
Je ne vais pas m’attarder à la question juridique qui dépasse mes connaissances en droit. Par contre je vais porter brièvement mon attention sur des questions philosophiques et éthiques soulevées par le concept d’aide à mourir.
On parle parfois de « suicide assisté » en référence à l’aide à mourir, ce qui n’est pas faux. Il faut réaliser que la perception du suicide varie d’une culture à l’autre dans le monde. Ainsi, au Japon, la société est très tolérante face au suicide, la culture reposant même sur la notion que le suicide peut être une façon honorable de résoudre un dilemme.
Par contre, la plupart des pays dont la culture s’est développée sur des préceptes chrétiens sont plus réticents à approuver la notion de suicide. On peut donc s’attendre à une réticence certaine des milieux religieux canadiens sur cette question. Il faut cependant réaliser que personne ne sera forcé d’aider quelqu’un à mourir.
Toutefois, l’arrêt Carter n’est pas du tout un permis de suicide assisté sans retenue. Une personne qui songerait à recourir à l’aide à mourir doit être « affectée de problèmes de santé graves et irrémédiables (y compris une affection, une maladie ou un handicap) lui causant des souffrances persistantes qui lui sont intolérables au regard de sa condition ».
C’est souvent cette notion de souffrance qui peut faire basculer l’opinion des gens sur la question de l’aide à mourir. Il est certainement facile de s’imaginer des scénarios où une personne souffre de douleur extrême sans espoir de guérison.
Là où les gens seront plus réticents, c’est lorsque la souffrance en question sera d’ordre mental. Il existe plusieurs dizaines de maladies dégénératives, notamment celles s’attaquant au cerveau sans nécessairement causer de douleur physique. On peut donc s’imaginer une personne affligée d’une souffrance psychologique grave en sachant qu’une vie dans un état végétatif profond et incurable est le seul futur qui l’attend.
Je pense au plus profond de moi-même que la vie est trop belle pour être gâchée, mais je sais aussi que si ma santé se détériorait au point où je souffrirais sans espoir de guérison, j’aimerais avoir ce choix. Je reconnais donc la grande justesse de cette décision de la Cour suprême.


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