Chronique littéraire : Un roman jeunesse qui arrive à point

15 octobre 2015
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En temps pour l’Halloween, Carole Dion nous présente son troisième roman pour la jeunesse, Magalie et son fantôme. S’adressant aux jeunes de neuf à douze ans, ce plus récent tome d’une série permet de renouer avec Magalie et ses amis – William, Coralie et Sam – auxquels s’ajoute Olivier, qui vient d’emménager dans le quartier.
Comme dans Magalie et les messages codés (2012) et Magalie sur la piste du taxeur (2014), notre héroïne, toujours aussi téméraire et débordante d’imagination, doit résoudre un mystère. Deux énigmes lui font se remuer les méninges dans ce cas-ci. D’abord, des charades anonymes apparaissent mystérieusement sur les tableaux de son école. Ensuite, Magalie est persuadée qu’un fantôme habite une maison abandonnée. Elle a vu les rideaux du salon bouger et une ombre passer derrière la fenêtre. Les quatre amis, accompagnés d’Olivier, auront la frousse de leur vie lorsqu’ils tenteront de communiquer avec le fantôme lors d’une séance de Ouïja.
Fidèle à son habitude, Dion a conçu son récit en tenant compte de l’expérience de ses lecteurs. Ceux-ci pourront non seulement élucider le mystère à la suite de Magalie, mais déchiffrer les charades, reproduites intégralement dans le roman comme l’étaient les messages codés du premier tome. La lecture se trouve ainsi transformée en jeu.
Autre réussite de l’auteure : le roman s’arrime bien aux différentes réalités des jeunes. Parallèlement à l’intrigue principale, William est confronté à la séparation de ses parents, dont il discutera avec Xavier, le demi-frère de Magalie. Dion accorde aussi une place importante à la technologie : Magalie et ses amis sont des habitués des téléphones intelligents, des appareils photo et d’Internet, dont ils se servent abondamment.
Malheureusement, les personnages secondaires, comme dans Magalie sur la piste du taxeur, sont construits de façon un peu malhabile. C’est notamment le cas d’Olivier, qu’on peine à cerner en comparaison au dynamique quatuor. En revanche, ce personnage facilite l’intégration des composantes didactiques du roman, qui posait problème dans le tome précédent. Comme « ce n’est pas évident pour un immigré de saisir toutes les nuances de la langue du pays hôte » (p. 70), l’auteure en profite pour employer certaines expressions plus difficiles tout en les définissant au fur et à mesure :
– Euh! Oui, attends, je l’ai [la réponse] sur le bout de la langue!
– Tu as quelque chose sur la langue? demande Olivier.
– « Je l’ai sur le bout de la langue », ça veut dire qu’on est sur le point de dire un mot qu’on tente de se rappeler! explique Sam. (p. 48)
C’est le vocabulaire de tous les jeunes lecteurs, immigrants ou non, qui s’en trouve enrichi.
Il faudra toutefois attendre la fin du roman pour que le personnage d’Olivier prenne un peu de contenance. Il raconte alors comment il a quitté le Congo après avoir perdu sa famille et vécu dans un camp de réfugiés. Son récit permettra d’aborder des enjeux comme la guerre, l’immigration et l’intégration. Il pourra même ouvrir la porte à une discussion sur l’actualité; l’histoire d’Olivier rend particulièrement tangible la crise des migrants qui se déroule présentement.
En livrant un roman à la fois sérieux et amusant, Carole Dion a réussi un tour de force. Une histoire de fantômes à lire en patientant jusqu’à l’Halloween!
Carole Dion, Magalie et son fantôme, Ottawa, roman, Éditions L’Interligne, coll. « Cavales », 2015, 115 pages, 13,95 $.