Greenpeace et l'Arctique : Un premier retour au Nord après 30 ans

26 mars 2014
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Encore échaudés par les premiers contacts de Greenpeace avec les habitants du Nord, peu de résidents de Yellowknife ont accepté l’invitation. (Photo courtoise de Greenpeace, Diego Creimer)

Encore échaudés par les premiers contacts de Greenpeace avec les habitants du Nord, peu de résidents de Yellowknife ont accepté l’invitation. (Photo courtoise de Greenpeace, Diego Creimer)

Alors que le Conseil de l’Arctique s’est réuni à Yellowknife à huis clos et a tout fait pour dissuader la présence des médias, l’organisme Greepeace s’est efforcé, avec des résultats mitigés, d’attirer le plus grand nombre de personnes possible afin de les sensibiliser aux dangers du développement pétrolier et à l’inaction du Conseil de l’Arctique.
C’était pour Greenpeace une première présence dans le Nord depuis 30 ans. « Dans les années 90, explique le responsable des communications pour la campagne arctique de Greenpeace, Diego Creimer, nous nous sommes opposés à la chasse aux phoques alors que le plus grand ennemi était finalement le réchauffement climatique. Aujourd'hui, nous ne nous y opposons plus et nous respectons le droit de chasse des Premières nations et des Inuits sur leurs terres ancestrales. Il y a un grand travail à faire pour rétablir le dialogue. Nous devrions rallier nos forces contre le développement pétrolier. Nous voulons aller de l’avant tout en reconnaissant notre erreur. Nous avons hâte d’avoir une discussion franche avec les Inuits. »
Dimanche au Northern United Center, la représentante de Greenpeace aux Territoires du Nord-Ouest, Kiera Kolson, de la nation Gwich'in, et ses collègues du Québec, de l'Ontario et de la Colombie-Britannique avaient invité la population à une rencontre informelle d'échanges sur la fracturation hydraulique et le rôle du Conseil de l'Arctique. Une dizaine de personnes étaient sur place. La directrice de la campagne arctique de Greenpeace, Jessica Wilson, a affirmé que si le but premier du Conseil de l'Arctique était le développement durable dans le Nord, l'organisme était devenu une sorte de boy’s club où la représentation de l’industrie est de plus en plus forte. « Le Conseil de l'Arctique a subventionné de bonnes recherches, note Jessica Wilson, mais ils en ont ignoré les résultats, ils ne se sont engagés à rien. Six communautés autochtones y sont représentées, mais elles n’ont pas d’impact sur les décisions. »


Le Conseil de l'Arctique

À Yellowknife, le Conseil de l'Arctique a, notamment, tenu une réunion avec la communauté à Dettah, travaillé à une entente sur les polluants à courte durée de vie et travaillé à la mise en place d'un projet échelonné sur six ans portant sur l'évaluation de la biodiversité arctique. Selon des chiffres de l'organisme, la population d'ours polaire devrait diminuer de 30 % dans les 45 prochaines années, on s'attend à ce que les plantes du Nord perdent 43 % de leur aire de distribution.
On remarquera que la ministre de l'Agence canadienne de développement économique du Nord, Leona Aglukkaq, n'était pas à Yellowknife pour l'occasion. Mme Aglukkaq est également présidente du Conseil jusqu'à l'an prochain, alors que les États-Unis prendront le relais. Malgré l'assemblée à Dettah, les réunions du Conseil ont été faites sous le sceau d'un accès éminemment restreint. « Nous ne sommes pas d’accord avec ce huis clos, scande Diego Creimer. Le Conseil a le pouvoir de se prononcer sur des questions concernant les huit millions d’habitants de l’Arctique. C’est triste de constater qu'une poignée de personnes a le pouvoir et que les autochtones n’ont pas le droit de vote. Comment ça se fait qu’ils n’aient aucun pouvoir décisionnel alors qu’ils sont aux premières loges? »
Diego Creimer a été immensément impliqué dans le dossier des forages pétroliers russes en Arctique, dont un épisode marquant a été l'arrestation puis la libération d'une trentaine de membres de Greenpeace. Selon le porte-parole de l'organisme, la Russie donne une idée de ce que pourrait devenir le Canada si on n'y fait montre de vigilance. L'État a des actions dans plusieurs compagnies et plus de la moitié de son produit national brut provient du gaz et du pétrole. « La Russie est le pays qui a été le plus loin dans le forage pétrolier en mer, note Diego Creimer, c'est le premier pays à pomper du pétrole à fins commerciales dans l’Arctique. Les premières livraisons de Gazprom à destination de l’Europe auront lieu en avril. Les réglementations environnementales sont très faibles. Au Komi [une république du nord de la Russie où le pétrole est abondant], il y a beaucoup de déversements de pétrole, ni déclarés, ni contenus, ni nettoyés. »
Greenpeace a eu peu de succès avec sa manifestation devant l'Assemblée législative, mardi matin, alors que s'y réunissaient les membres du Conseil de l'Arctique. Les photos ne montrent que quelques personnes.