Delta du Mackenzie : Un désert de services en français

30 janvier 2014
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Michel Lemieux pose un autocollant rouge sur une affiche où sont affichés des services de santé. Ce francophone songe à subir une intervention chirurchicale au Québec parce qu’il ne pense pas pouvoir obtenir de service en français. (Photo : Batiste Foisy)

Michel Lemieux pose un autocollant rouge sur une affiche où sont affichés des services de santé. Ce francophone songe à subir une intervention chirurchicale au Québec parce qu’il ne pense pas pouvoir obtenir de service en français. (Photo : Batiste Foisy)

La santé et les services sociaux sont la grande priorité des résidents d’Inuvik en matière de langues officielles.


Les francophones d’Inuvik ont profité des consultations publiques pour exposer les lacunes importantes en matière de services en français dans la région du delta du Mackenzie.
C’est une assistance peu nombreuse qui a pris part à cette seconde séance de consultations des communautés francophones des TNO. Tous justes sept résidents d’Inuvik étaient présents à l’événement tenu au Midnight Sun Recration Complex, le 25 février, et parmi eux, une majorité de membres du conseil d’administration de l’Association des francophones du delta du Mackenzie (AFDM).
Malgré leur petit nombre, les Franco-Ténois qui ont pris le temps de se déplacer ne se sont pas gênés pour faire savoir au gouvernement leur insatisfaction face à ce qui est perçu comme un manque à peu près généralisé de services en français dans la région.
Au premier chef, on note un désir d’obtenir des services de santé. C’est la première priorité qu’identifie Isabelle Godin.
« À l’urgence, il devrait toujours y avoir au moins une personne [qui parle français], note-t-elle. Moi, s’il arrive quelque chose à ma fille, dans un état de panique, je les cherche, mes mots en anglais. »
Michel Lemieux, lui, est cinglant. Il n’hésite pas à qualifier l’offre de services disponible « d’abominable ». En fait, il envisage même de se rendre à l’extérieur du territoire pour obtenir des services médicaux.
« Je voudrais me faire opérer au genou, raconte le sexagénaire. Je me vois mieux me faire faire l’opération au Québec qu’ici, parce qu’il n’y a personne qui parle français. En plus, si j’ai besoin de mon épouse pour me faire seconder, elle, elle ne parle à peu près pas du tout l’anglais. Et puis les termes en anglais, les termes médicaux, c’est assez [spécialisé]. Alors, j’attends de prendre ma retraite, là, pour me faire opérer au Québec. »
D’autres participants ont noté que du personnel médical ayant la capacité de s’exprimer en français se retrouve parfois en poste à Inuvik, mais que leur disponibilité est alors au mieux aléatoire et qu’il n’y a aucune garantie de service.
C’est Roxanne Poulin de la firme de relations publiques Tait qui menait ces consultations pour le compte du Secrétariat aux affaires francophones du gouvernement des TNO. Quand la consultante a invité les participants à explorer d’autres priorités de services que les soins de santé, la coprésidente de l’AFDM, Élyse Décarie-Jean, a insisté.
« Je ne suis pas sûre que j’ai vraiment envie de parler de tous les services; on en est encore à la base, nous : la santé. »
Et Isabelle Godin de renchérir : « Si la santé n’est pas desservie, ça m’étonnerait que le reste, ça soit top notch. »
Les participants ont néanmoins relevé d’autres priorités. En vrac : la justice (on a cité le cas de Hugues Latour, cet ancien résident d’Inuvik dont le procès au criminel avait été annulé faute de jury francophone), les services aux résidents à faibles revenus (l’AFDM serait vue comme la ressource de facto par bien des bénéficiaires alors que son mandat est culturel) et les téléservices (on a déploré la perte de la ligne info-soins où les services en français étaient toujours disponibles).


Ressources humaines
Dès le début de la séance, les participants ont voulu savoir quelles ressources humaines étaient disponibles pour offrir les services à la population francophone. Or, le directeur général du Secrétariat aux affaires francophones, Benoît Boutin, a dû admettre qu’il l’ignorait.
« Combien de fonctionnaires ont la capacité de parler le français? C’est une très bonne question. Est-ce que j’ai la réponse? Non. Est-ce qu’il faut faire cette recherche-là? Oui. Et c’est dans les plans », promet-il.
Cette donnée a soulevé l’inquiétude du président de la Fédération franco-ténoise, Richard Létourneau, un résident de longue date d’Inuvik.
« Dans le Plan stratégique [sur les communications et les services en français], c’est une responsabilité du ministère [de l’Éducation, de la Culture et de la Formation] d’évaluer quelles sont ses ressources humaines bilingues, note-t-il. On en parle depuis 2010. On est rendu au début 2014. Moi, c’est sûr que c’est une préoccupation, pour moi, que Benoît [Boutin] me dise ‘j’ai pas encore cette information-là’. »
Le directeur du Secrétariat aux affaires francophone a indiqué que des mesures allaient être prises pour mieux évaluer les ressources humaines. Mais il a noté que certaines limites, notamment les normes de respect de la vie privée des employés territoriaux, rendaient la tâche plus ardue qu’il n’y parait.


Pas de la frime

Surtout, celui qui joue le rôle de chef d’orchestre du gouvernement en matière de prestations de services en français a voulu signifier aux francophones d’Inuvik que leurs commentaires étaient pris au sérieux.
« Ce rapport-là, on ne peut pas le tabletter. On n’a pas le choix. On se l’est fait dire », indique M. Boutin.
Après les consultations de Fort Smith, en novembre 2013, et celles d’Inuvik, ce sera au tour de Yellowknife et de Hay River de recevoir les travaux du Secrétariat. Des consultations auront lieux au Centre du patrimoine septentrional Prince-de-Galles ce samedi à 15 h, et le 8 février à l’école Boréale.