Éditorial : Un désastre en devenir

26 mars 2015
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Une expression commune veut qu’une chaîne ne soit aussi solide que le plus faible de ses maillons. On peut probablement utiliser cette analogie pour évaluer la force et la pertinence de l’entente sur les eaux transfrontalières Alberta-TNO.
En effet, à peu près au même moment où cette entente était conclue, l’Alberta dévoilait ses lignes directrices en matière de protection des eaux dans les secteurs d’exploitation des sables bitumineux.
Selon le Pembina Institute, il y a plus de 976 milliards de litres de résidus des sables bitumineux dans le nord-est de l'Alberta. Or c’est de cette région qu’origine la rivière Slave, un tributaire majeur du fleuve Mackenzie. Il y a donc un désastre écologique potentiellement énorme en amont de nos eaux.
Les lignes directrices de l’Alberta dans ses directives pour les compagnies d’exploitation des sables bitumineux ont une faiblesse majeure. Selon Erin Flanagan du Pembina Institute, il y avait déjà des lignes directrices visant à réduire les accumulations de déchets liquides toxiques, mais ces derniers ont continué à s’accumuler. Les nouvelles règles ne sont guère meilleures, car il en coûte toujours moins cher de payer des amendes pour avoir enfreint les règlements que de mettre en place les mesures nécessaires. Ces grandes compagnies pétrolières ne fonctionnent qu’avec un seul outil d’évaluation, les budgets d’exploitation. Si ça coûte moins cher de payer une amende que le paiement pour un système de dépollution, ben ils vont simplement continuer à payer les amendes et au diable l’environnement.
L’autre écueil majeur est celui de la nature transitoire de plusieurs de ces compagnies d’extraction de sables bitumineux. Trop souvent, les récipiendaires des profits de ces activités d’exploitation, les Exxon de ce monde qui achètent le produit de l’extraction du pétrole des sables bitumineux, se tiennent à distance des compagnies qui prennent les risques environnementaux. Et s’il y a un désastre environnemental, ces compagnies deviennent soudain des coquilles vides qui vont en faillite et personne ne peut payer les pots cassés. Dans la capitale ténoise, on a encore frais à la mémoire le cas de la mine Giant et des centaines de millions de tonnes de produits toxiques que nous avons eu en héritage. Il y a des gens qui ont empoché des millions, mais qui se sont sauvés in extremis alors que la mine allait fermer.
Donc, on aura beau avoir une belle entente avec l’Alberta, mais je parie que la seule réponse de l’Alberta en cas de déversement toxique sera le fameux « Oups! ».