Chronique de la francophonie : Un chez soi difficile à bâtir

Geste historique heureux pour une page d’histoire honteuse. Par la voix de sa première ministre Kathleen Wynne, l’Ontario vient de s’excuser auprès des Franco-Ontariens pour leur avoir fait subir les affres de l’infâme Règlement 17 adopté en 1912.
À l’époque, un Ontarien sur dix était francophone. Ce fut suffisant pour que le gouvernement veuille fermer leurs écoles. On n’était pas loin de l’esprit du Rapport Durham qui ne voulait rien de moins que la disparition du français dans la colonie, au 19e siècle.
Des affronts? Les francophones en ont subi plus d’un dans ce pays dont la fondation remonte à la quête du Nouveau Monde. Ce n’est probablement pas ce que les pionniers attendaient.
Personne aujourd’hui ne pourrait demander à tous ceux et celles qui ont suivi Jacques Cartier et Samuel de Champlain, quel fol espoir les a poussés vers le Nouveau Monde. Au delà des conversations entre rois et marins racontés dans nos livres d’histoire, il y a quelque chose de plus fort et de moins tangible à la fois : le for intérieur, sa sourde angoisse et sa quête incessante vers un ailleurs que l’on souhaite plus grand et plus beau.
Laisse-t-on sa patrie quand elle nous nourrit encore généreusement de ses fruits? Rarement. Trouve-t-on espoir dans le départ quand la vie se fait difficile? Souvent. Il y avait certainement dans le cœur de ces femmes et de ces hommes une part de malheur à oublier et une autre de rêve à combler. La réalité les pourchassait tandis que l’inconnu les appelait.
Cet inconnu leur a réservé de bien mauvaises surprises. L’histoire que cette aventure allait écrire sera émaillée d’épreuves, de la tragique Déportation des Acadiens à l’esprit de fermeture encore manifeste de nos jours. Il faut bien le dire, aucune province canadienne, exception faite du Québec, n’a ouvert ses bras d’emblée à la voix française. D’ailleurs, on sent encore une certaine résistance.
Nous avons appris tout récemment que la reconnaissance du français comme langue législative inscrite dans des textes de loi du 19e siècle ne veut rien dire aujourd’hui. Ce fut la conclusion des tribunaux dans l’affaire Caron-Boutet. Une cause semblable menée en Saskatchewan dans les années 1980 n’avait rien donné de concret non plus.
Il y a une vingtaine d’années, les Franco-Ontariens ont dû monter aux barricades pour défendre l’hôpital Montfort que le gouvernement de Mike Harris voulait fermer.
Pour en revenir aux luttes scolaires, ce n’est qu’à la toute fin du 20e siècle qu’on a reconnu le plein droit à l’éducation dans la langue de la minorité partout au Canada. Mais encore aujourd’hui, on en constate les limites. Les parents des Territoires du Nord-Ouest n’ont pas pu obtenir le pouvoir de gestion qu’ils voulaient pour leurs écoles. La Cour leur a dit non l’automne dernier.
Au delà de ces vicissitudes, on voit l’ouverture, comme ces excuses faites aux Franco-Ontarien ou encore l’enchâssement du caractère bilingue du Nouveau-Brunswick dans la Constitution canadienne dans les années 1990.
Grosso modo, cela fait près de trois quarts de million de francophones qui ont reçu une accolade de la part de leur gouvernement dans l’histoire contemporaine. Ce n’est pas si mal quand on pense à tout ce que le passé leur a fait vivre. Que ce serait bien si tout cela s’ouvrait sur une vaste mer que toute la francophonie canadienne pourrait moissonner à sa façon…
Mais à bien y penser, ces gestes d’ouverture reposent d’abord et avant tout sur l’existence même d’un peuple tenace qui a su se tenir debout, qui vit encore, qui a survécu à l’esprit du Rapport Durham.
La lutte et la revendication en ont été la cheville ouvrière. Ce n’est qu’en parlant français que l’on effacera les relents d’une histoire pas toujours facile. À l’adversité, on oppose l’espoir.


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