Le retour du bacille : Tuberculose

05 avril 2002
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Le ministère de la Santé et des Services sociaux des T.N.-O. a profité de la Journée internationale de la tuberculose, le 24 mars dernier, pour lancer dans les journaux une campagne publicitaire de mise en garde contre le Mycobacterium tuberculosis. Enrayée depuis belle lurette, la maladie ? Même si la propagation de la calamité s’est stabilisée au cours de la dernière décennie, les quelque 2000 nouveaux cas annuels d’infection au Canada prouvent l’inverse.

Le ton n’est pas alarmiste mais, selon André Corriveau, sous-ministre adjoint et responsable de la santé publique, si les cas ne sont pas traités dès le dépistage, il y a risque de contagion. “ Il y a six ans, une vieille dame de Lutsel’Ke a transmis la maladie à un jeune dans la vingtaine. Ses contacts fréquents dans la communauté ont provoqué 12 nouveaux cas de la maladie. ”

Le Nord est dans la ligne de mire des autorités sanitaires car la population autochtone est la plus à risque. Selon une étude de Santé Canada, basée sur les données de recensement de 1996, le taux de la maladie est quatre fois plus élevé chez les autochtones que dans la population canadienne et 20 fois plus élevé que chez les non-autochtones. André Corriveau estime que de 25 à 30 % des Autochtones aux T.N.-O. sont porteurs du bacille. La dernière revue d’épidémiologie EpiNorth révèle que, de 1992 à 2000, 80 % des cas aux T.N.-O. sont apparus auprès de la population dénée, métisse et inuite.

“ Ce sont les cas mal soignés lors des vagues épidémiologiques des années 1940 et 1950 que nous traitons aujourd’hui. Le suivi a été moins assidu et moins réglementé au Nord, explique le médecin. Ces gens ont conservé la bactérie dans leur corps ”. Le temps rattrape les porteurs et la tuberculose frappe sur les systèmes immunitaires les plus affaiblis par la vieillesse. Une fois bien logée, la maladie se transporte dans la salive à travers la toux et les éternuements. Les enfants en bas âge sont les cibles parfaites du bacille. Santé Canada révèle que 30 % des cas d’infection chaque année touchent les moins de 15 ans. Le style de vie influence aussi grandement les attaques de la bactérie, qui affectionnent plus particulièrement les systèmes mal alimentés, habitués aux drogues et à l’alcool.

La résistance aux antibiotiques est le talon d’Achille du combat de la maladie. “ Ce sont les prescriptions de doses insuffisantes et discontinues qui sont à l’origine du problème, révèle André Corriveau. Une demi dose ne va tuer que les bactéries les moins résistantes. Les plus fortes vont rester dans l’organisme et se multiplier, provoquant l’apparition d’une forme plus tenace de la maladie. ” Le sous-ministre est toutefois soulagé de constater que les T.N.-O. ne vivent pas ce problème. “ Nous sommes dans une bonne position ”.

Les études renseignent également que les dernières régions du Canada ayant été exposées aux colons européens représentent des taux d’infection plus élevés, ce qui inclut le Yukon et le Nunavut. Seul le dépistage et le traitement systématique ont des résultats positifs. Les autorités sanitaires canadiennes ont recommencé, il y a peu, à bâtir une base de données sur les cas dépistés afin d’assurer un suivi. André Corriveau estime qu’une autre décennie sera nécessaire pour parvenir à enrayer définitivement la maladie.