Milieux minoritaires : Trouvez des stratégies de mobilisation

25 février 2016
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Chercheur associé de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa, Martin Normand va célébrer la récente obtention de son doctorat en donnant une conférence sur sa thèse, le 23 février.(Courtoisie)

Chercheur associé de la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa, Martin Normand va célébrer la récente obtention de son doctorat en donnant une conférence sur sa thèse, le 23 février.(Courtoisie)

Que peut-on apprendre des militants de trois minorités semblables, possédant « un réseau associatif dense et l’accès à des institutions de gouvernance, profitant d’une situation sociopolitique et d’une reconnaissance symbolique similaires »? Beaucoup, selon le politicologue Martin Normand, après l’étude des cas du Pays de Galles, du Nouveau-Brunswick et de l’Ontario.

Divers points de vue sont partagés en milieu minoritaire sur la mobilisation linguistique, entre « l’ère post-associative et post-revendicatrice dans laquelle on vit » de Daniel Boutin et les réserves de Céleste Godin sur l’action juridique.

« Ce n’est pas sur les bancs de la Cour suprême que nous allons nous créer des espaces francophones, ni régler nos « psy-causes ». C’est dans les rues, dans nos propres familles, dans nos écoles, dans nos oreilles qu’il faut épouser nos causes. »

Après une recherche sur 50 ans de documentation (1962-2012), le chercheur associé de la Chaire sur la francophonie et les politiques publiques de l’Université d’Ottawa reconnaît l’importance de continuer à revendiquer. « Pour moi, la mobilisation peut être moins visible et moins intense, mais elle ne disparait jamais. Ce n’est pas parce que le porte-parole principal ne parle pas publiquement qu’il ne se passe rien. »

Malgré les ressemblances entre les trois groupes étudiés, note Martin Normand, les mobilisations diffèrent. La diversité varie selon « la satisfaction exprimée par les leaders sur le régime linguistique. Moins ils sont satisfaits, plus ils sont mobilisés; et plus ils sont satisfaits, moins ils sont mobilisés. »

Pays de Galles

La mobilisation a été mesurée par son intensité, de la simple pétition jusqu’à l’action publique; par son étendue, la variété des actions et les domaines visés.

La minorité galloise est la plus mobilisée, d’après le politicologue. « Le régime linguistique est permissif et ne comporte pas encore de droits. Le cadre juridique ne permet pas de maintenir la densité de la population même dans la région où le nombre de locuteurs est élevé. Les militants ont détruit une tour de transmission, occupé des bureaux de politiciens et des stations de télé. »

Ontario

« La mobilisation est modérée, estime Martin Normand, sauf pour l’action autour de la création de l’université franco-ontarienne. Elle n’est pas réduite au lobbying, on a aussi une stratégie pour la place publique », comme en témoigne la manifestation du 18 février à Toronto.

Mais la revendication n’est pas aussi intense, ni étendue ou variée qu’il y a 30 ans, signale le chercheur. Une période creuse s’est produite après la crise de l’Hôpital Montfort et l’adoption de la Loi sur les services en français. « Même s’il y a encore des choses à faire en santé, on a réglé des questions en éducation et en justice. »

Nouveau-Brunswick

La mobilisation y serait la plus faible, un constat surprenant pour plusieurs, reconnait Martin Normand. « Le cadre constitutionnel a satisfait une grande partie des leaders. Avec un grand accès aux institutions, les francophones sont tranquilles.

« La mobilisation est ponctuelle, comme pour l’affichage bilingue à Dieppe, et ne soulève pas toute la communauté. La controverse sur le rôle de la commissaire aux langues officielles a été publique, mais on n’a pas vu de débat sur le terrain. L’enjeu des autobus bilingues, c’est surtout un débat entre initiés autour d’arguments constitutionnels.

« L’étude est un plaidoyer pour une variété de stratégies de mobilisation, déclare-t-il. Il est important de bien lire l’environnement et de faire de bons choix. L’étude valorise le travail des groupes.

« On peut penser que les minorités vont trop facilement vers le juridique, admet Martin Normand. L’impression que les francophones sont trigger happy, on le voit dans les médias. Mais que ce soit Caron, le Yukon ou Montfort, les causes ont toujours commencé avec une stratégie politique.

« De gros dossiers ont été réglés, conclut-il, mais on n’est pas dans une ère postassociative. Si l’université franco-ontarienne est dans l’espace public, c’est parce que le Regroupement des étudiants existe. Il y a beaucoup de petites mobilisations organisées sur le plan local, par exemple dans les municipalités au Nouveau-Brunswick. »

Le 23 février, Martin Normand marquera l’obtention de son doctorat en donnant une conférence sur sa thèse à l’Université d’Ottawa.


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