Conseil de l'Arctique : Transition et agenda

30 avril 2015
0 Commentaire(s)
Bloc de glace à la dérive (Photo: Denis Lord)

Bloc de glace à la dérive (Photo: Denis Lord)

La nature et le rôle du Conseil Économique de l'Arctique devraient se préciser dans les prochaines années
 

La transition entre présidences canadienne et américaine du Conseil de l'Arctique est souvent perçue comme un passage d'impératifs économiques vers des priorités environnementales. La réalité est un peu plus complexe.
L'agenda canadien — dont faisait partie la création du Conseil économique de l'Arctique (CEA) - avait tout de même fait l'objet d'un consensus de la part des membres du Conseil de l'Arctique. Et, la réalisation des objectifs mis de l'avant s'échelonnant sur plusieurs années, il faudra tout de même attendre avant de poser un jugement définitif.
Il y a aussi que, contrairement aux États-Unis, le Canada communiquait très mal son agenda, note Joël Plouffe, chercheur au Centre interuniversitaire de recherche sur les relations internationales du Canada et du Québec (CIRRICQ), professeur associé invité à la Western Washington University. « C'était, dit-il, comme si tout ce que le Canada voulait faire, c'était de développer du pétrole et gaz. La façon dont on voulait aborder le développement économique durant la présidence canadienne du Conseil de l'Arctique, c'était dans l'intérêt des populations locales, pas simplement dans celui des lobbies. »

Équilibre
La présidence américaine du Conseil de l'Arctique, précisée dans la Déclaration d'Iqaluit, s'annonce tout de même plus verte. « Elle reflète beaucoup la politique étrangère des États-Unis en termes de changements climatiques, analyse Joël Plouffe. Ils ont des ressources pour faire avancer ce dossier. Et ils vont probablement utiliser le Conseil de l'Arctique pour sensibiliser les populations du Sud, leur démontrer que les actions faites dans le Sud ont des impacts sur les gens du Nord. Et quand le Nord fond, ça affecte l'ensemble de la planète. Mais les États-Unis devront s'ajuster en regard des enjeux sociaux économiques en Alaska. Dans la présidence, il y a aussi tout le volet santé et développement d'infrastructures dans le Nord pour soutenir les populations locales. Les États-Unis devront trouver un équilibre entre changements climatiques et besoins en emploi. »

Un tournant
D'autres observateurs de la situation dans le Nord accueillent positivement la présidence américaine. C'est le cas du député NPD des Territoires du Nord-Ouest, Dennis Bevington, qui se réjouit du retour du Conseil aux priorités précédentes, les changements climatiques et la protection de la faune et des milieux marins. « Les États-Unis, de dire M. Bevington, ont l'intention d'ajouter une 3e priorité, le développement des énergies renouvelables. Je pense que c'est un très bon programme. »
Le député libéral fédéral de Saint-Laurent-Cartierville (QC) Stéphane Dion juge que la gouverne canadienne est passée à côté de l'enjeu fondamental de la protection de l'écosystème du Nord, très menacé. « La croissance économique, analyse-t-il, ne doit pas détruire les capacités des générations qui suivront de voir un Nord en santé. C'est maintenant aux Américains de s'assurer que ce développement ne se fasse pas façon autodestructrice. » Il ajoute que dans cette optique, il est impératif qu'il y ait une coopération avec les Russes.

Ressources et sensibilisation
Le chercheur du CIRRICQ Joël Plouffe prévient qu'il faut demeurer réaliste, les Américains ne pourront faire de miracles en deux ans. Ils mettront cependant à profit leurs moyens — énormes — et leur machine de communication. Les États-Unis sont extrêmement bien préparés pour leur mandat et leur agenda est très développé, très détaillé.
« Quand les États-Unis parlent, énonce Me Plouffe, d'accord ou pas, on a tendance à les écouter. Et on va les écouter pendant deux ans sur les dossiers arctiques, ce que je trouve tout de même assez bénéfique pour les gens du Nord et pour la planète entière. »
L'actuelle visibilité du Conseil de l'Arctique et des questions relatives au Nord sont inédites, selon M. Plouffe, qui suit ce dossier depuis plus de 15 ans : « Durant la première présidence américaine, les médias et les cercles académiques parlaient très peu de l'Arctique. » Le changement, croit-il ne peut qu'être bénéfique. Faire connaître le Conseil de l'Arctique faisait partie du mandat de la présidence canadienne. Or, la grande majorité des Canadiens n'ont pas idée de ce que c'est. »

Un rôle à définir
La mise sur pied du CEA est un des signes les plus tangibles de la présidence canadienne du Conseil de l'Arctique. Mais beaucoup d'obscurité entoure ce forum indépendant. « C'est très embryonnaire comme projet, constate Joël Plouffe. On ne sait pas comment le CEA va interagir avec le Conseil, s'il aura des groupes de travail. »
« Il y a beaucoup de confusion sur son rôle et son fonctionnement, de dire Duane Smith, vice-président de l'Inuit Circumpolar Council (ICC). Je ne sais pas si ça a de vrais pouvoirs. » Chaque état membre et chaque participant permanent du Conseil de l'Arctique ont droit à trois représentants sur le CEA. L'Inuit Cicumpolar Council n'en a qu'un pour le moment, Tara Sweeney, d'Arctic Slope Regional Corporation (Alaska), qui se trouve à être la présidente du CEA. Il est vrai que l'ICC oeuvre à mettre sur pied son propre bras économique. À quoi s'attend l'ICC du mandat américain? « Le Canada était parti avec un agenda ambitieux note Duane Smith, il a fallu qu'il se restructure. L'agenda américain est également chargé et optimiste. Nous allons travailler avec eux. »