Du soleil levant au soleil couché : Tourisme

12 février 1999
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À la merci des caprices de dame nature, de nombreux touristes asiatiques dépensent des milliers de dollars spécialement pour venir saisir une image de ce spectre lumineux qui, au coeur de la nuit, jaillit du ciel nordique.

De l'émerveillement à la déception, le voyage en vaudrait tout de même le coût!

Petits, discrets et polis, les Asiatiques ne déplacent pas beaucoup d'air. Ils dépensent, toutefois, beaucoup d'argent pour venir passer quelques jours dans le Grand Nord canadien.

«Ils dépensent en moyenne 2 500 $ pour un séjour de trois jours», indique le propriétaire du Raven Tours, Bill Tait.

Vêtus de leurs habits d'hiver rouge pompier, qu'on leur a généreusement fourni, les visiteurs fébriles tournent leurs petits yeux bridés vers le ciel et n'attendent qu'une seule chose: l'apparition des fameuses aurores boréales.

«Je ne suis venue que pour voir les aurores boréales», explique Hui I Lee, une jeune femme de Taïwan, âgée de 30 ans.

«Il y a deux jours, nous en avons vues de très belles. Elles étaient remplies de couleurs», ajoute-t-elle les yeux encore brillants.

Par contre, ces visiteurs exemplaires connaissent parfois des soirs de déception, lorsque le ciel, couvert, ne laisse s'immiscer aucune lueur d'aurore boréale. Situation plutôt délicate pour les guides qui doivent tout de même maintenir le moral des troupes.

«Il y a des soirs où les aurores ne se pointent pas. Dans de telles circonstances, il faut utiliser notre imagination. Alors, on joue aux cartes et on se raconte des histoires. On essaie de compenser en leur expliquant qu'ils pourront faire du traîneau à chien, du ski-doo et même de la pêche sur glace...mais ce n'est pas évident», explique Benoît Campeau, qui en est à son premier hiver comme guide à Yellowknife.

Cette année, 5 000 visiteurs asiatiques, venus principalement du Japon, auraient mis les pieds à Yellowknife.

«À notre première année d'opération en 1989, nous avions reçu 80 visiteurs. Depuis ce temps, le nombre double d'année en année», explique fièrement M. Tait.

En général, la clientèle est composée de jeunes femmes, âgées de 25 à 40 ans, qui voyagent en petits groupes. Serait-ce parce que les demoiselles sont plus fortunées?

«Non», explique Makiko Kashima, une agent de bord âgée de 32 ans, «c'est plutôt parce que les femmes aiment plus voyager que les hommes. Lorsque nous revenons, nous expliquons ce que nous avons vu à nos amis et parfois, ils développent eux-aussi un goût pour l'aventure.»

Devant l'expansion de cette industrie, force est de se demander d'où provient l'engouement des Japonais pour les aurores boréales.

«Les Japonais sont, plus que tout autre peuple, des amoureux fous de la nature. Pour eux, les aurores boréales équivalent bien les pyramides d'Égypte ou la muraille de Chine. L'autre raison qui explique leur amour pour les aurores boréales vient du fait qu'il y a 100 ans, au Nord du Japon, on pouvait fréquemment en voir. Aujourd'hui, puisque le cercle polaire s'est déplacé un peu plus au Nord, les aurores n'apparaissent que très rarement au Japon. Les Japonais viennent donc dans le Nord canadien pour revoir une richesse naturelle qu'ils n'ont plus la chance de pouvoir admirer», souligne M.Tait.

Pour les propriétaires des deux plus gros hôtels de Yellowknife, le Yellowknife Inn et l'hôtel Explorer, ainsi que pour les commerçants de la région, le tourisme japonais constitue assurément une source de revenus importante.

«Jusqu'à présent nous avons reçu environ 3 000 clients asiatiques à l'hôtel», explique Curtis Sagmeister, directeur des opérations à l'hôtel Explorer, «pas besoin de vous dire qu'ils contribuent de manière significative au bien-être financier de notre entreprise.»

Puisqu'ils représentent une clientèle particulière, les Japonais ont aussi droit à un traitement particulier.

«Étant donné les différences qui séparent les cultures occidentale et orientale, nous avons dû modifier, au fil des ans, notre approche à l'égard de cette clientèle. Cette année, nous avons engagé cinq employés japonais à temps plein pour assurer un service impeccable et répondre plus facilement à leurs besoins», ajoute M. Curtis.

Véritable échange culturel, le Nord offre aux visiteurs japonais une richesse naturelle admirable, alors que les Japonais, quant à eux, apportent au Nord une autre forme de richesse...tout aussi appréciable!