Les lecteurs de l'Aquilon savent que les polluants organiques persistants
(POP), également connus par le nom de polluants organiques rémanents,
voyagent parfois des milliers de kilomètres avant de se retrouver
prisonniers des eaux et des glaces arctiques. Toutefois, l'eau et la glace
ne sont pas les risques principaux pour la santé des consommateurs.
Les POP s'accumulent avec le temps dans le gras des animaux. La
bio-amplification fait également en sorte que plus on remonte la chaîne
alimentaire, plus les niveaux de POP sont élevés. Les êtres humains et les
ours polaires sont donc les animaux les plus à risques d'accumuler ces
substances.
« En remontant la chaîne alimentaire, on s'aperçoit que les carnivores
consomment les POP accumulés dans la graisse des herbivores », a indiqué
Marc Richard, un agent de communication pour l'Agence de lutte
anti-parasitaire.
Les herbivores sont moins exposés puisque les plantes contiennent peu de
matières grasses. Une comparaison rapide démontre que les ours polaires
carnivores habitant le sud-est de l'île Victoria ont une concentration de
BPC 9 000 fois plus élevée dans leur graisse que les caribous herbivores de
la même région.
La connaissance des POP dans la faune est un phénomène récent. Au cours des
années 70, des chercheurs ont trouvé des traces de DDT, un pesticide, dans
le foie de phoques marbrés ; le DDT n'est pas employé dans les zones
arctiques.
L'ensemble des pays circumpolaires surveille les POP dans l'environnement
nordique. Ils craignent que leurs peuples autochtones, grands consommateurs
de nourriture traditionnelle, s'exposent à des risques pour leur santé. Au
Canada, les Inuits ont été plus affectés que les Dénés puisqu'ils
consomment plus de mammifères marins.
Selon l'avis de plusieurs experts, remplacer la nourriture traditionnelle
par une nouvelle alimentation pose des risques pour la santé. Il est
difficile de compenser la dose quotidienne de vitamines et de minéraux d'un
repas habituel par celui d'un autre régime. La nourriture traditionnelle
est également bon marché pour les peuples autochtones qui en consomment.
« Certains bélugas ont démontré des niveaux de contamination un million de
fois supérieur à celui de l'eau dans lequel ils nagent », a indiqué le Dr
Sylvain Chouinard. « Aujourd'hui, la limite quotidienne pour la
consommation de muktuk (chair de baleine) équivaut à un cube de sucre.
Dépasser cette dose est nuisible pour la santé », s'est-il indigné. « C'est
la nourriture traditionnelle des Inuits. Si la contamination empire, nous
atteindrons peut-être le point où il faudra cesser de manger ces aliments ».
« On peut consommer le poisson dans les grands lacs en toute quiétude. Les
résultats d'expériences démontrent que les concentrations de contaminants
ne sont pas inquiétantes ».
Marc Richard soutient que la base d'huile des POP explique leur présence
dans le gras des animaux. Il affirme que l'huile et l'eau ont tendance à se
séparer l'un de l'autre. L'eau et l'huile sont donc une mixture hétérogène
comme une vinaigrette italienne.
Puisque les POP sont persistants, certains d'entre eux peuvent demeurer
dans les organismes pendant des années, des décennies, voire une vie
entière.