Agriculture : Second pas vers l’autonomie alimentaire?

30 août 2013
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Au jardin communautaire de N'dilo, Lone Sorensen (à droite) inculque à Alice Wilfladt les rudiments de l'agriculture. Elle est convaincue qu'un financement à long terme est déterminant pour le succès de telles activités. (Photo: Denis Lord)

Au jardin communautaire de N'dilo, Lone Sorensen (à droite) inculque à Alice Wilfladt les rudiments de l'agriculture. Elle est convaincue qu'un financement à long terme est déterminant pour le succès de telles activités. (Photo: Denis Lord)

La deuxième mouture du programme Cultivons l’avenir dispose d’une augmentation annuelle de 400 000 $. 

Les gouvernements territorial et fédéral ont reconduit le programme Cultivons l’avenir, lié au développement de l’agriculture. 1,2M$ sera investi annuellement dans ce secteur aux Territoires du Nord-Ouest entre 2013 et 2018, 60 % de cette somme provenant du fédéral. Dans les grandes lignes, Cultivons l’avenir 2 reconduit les mêmes volets qu’au quinquennat précédent, comme la production de nourriture à petite échelle, la récolte traditionnelle et la chasse au caribou, ainsi que le programme d’échanges entre villages, qui propose une aide financière au transport des produits alimentaires du point de récolte ou de production jusqu’aux marchés locaux. Les organismes, les individus et les entreprises peuvent présenter une demande à la plupart de ces programmes.

Un bilan provisoire
Le bilan financier de Cultivons l’avenir 1 n’est pas encore disponible au moment d’écrire ces lignes mais John Colford, un des principaux gestionnaires de l’agriculture au sein du ministère de l’Industrie, du Tourisme et des Investissements (MITI) des Territoires du Nord-Ouest, en dresse un portrait favorable. « Dans les sept dernières années, résume-t-il, nous avons fait un travail énorme dans la production de nourriture à petite échelle et dans d’autres domaines. Aujourd’hui, 30 collectivités font pousser de la nourriture aux Territoires grâce à Cultivons l’avenir. La serre d’Inuvik, qui appartient à la collectivité, en est un bon exemple. À Norman Wells l’an dernier, les gens ont fait pousser 40 000 livres de patates, qui, autrement, venues du Sud, auraient coûté entre deux et trois dollars la livre. Tout est construit autour de la nourriture. À la fin de la journée, on veut que les gens mangent plus de leur propre nourriture. »
À travers les divers programmes de Cultivons l’avenir 1, il y a eu de la sensibilisation et de la formation à l’agriculture, le développement de jardins communautaires, d’un savoir sur les sols, les variétés de semences s’adaptant bien aux conditions climatiques prévalentes. Des restaurateurs ont commencé à s’approvisionner auprès des producteurs locaux.
John Colford admet que le programme d’échanges entre villages n’a pas fonctionné. « Peu de gens ont participé, certains agriculteurs ne produisaient pas d’assez grosses quantités pour être admissibles. J’ai été très déçu, mais nous reprendrons ce volet avec une meilleure promotion. »
Au stade actuel, croit le gestionnaire du MITI, il est peut-être temps de structurer davantage l’agriculture des Territoires du Nord-Ouest pour mieux encadrer sa croissance. « C’est pourquoi, dit-il, nous pensons à développer une stratégie agricole, à créer un chemin pour créer dans le futur une agriculture industrielle comme dans les provinces. Cultivons l’avenir est un outil pour atteindre cet objectif et le Fédéral a été un partenaire très coopératif. » John Colford affirme qu’éventuellement, le gouvernement territorial dégagera en ce sens des sommes supplémentaires.

Réactions
L’annonce de la reconduite de Cultivons l’avenir survient presque simultanément à celle des coupes à travers le pays dans le Programme canadien d’adaptation agricole (PCAA) d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. Le budget de la Territorial Farmers Association (TFA), qui travaille depuis plusieurs décennies à développer l’agriculture locale, a été radicalement amputé d’environ 135 000 $ par année. « Mais nous n’abandonnons pas, soutient la vice-présidente de l’organisme, France Benoit, nous nous concentrerons sur le développement de l’école de Hay River. » Cultivons l’avenir 2 pourrait être une autre de source de financement pour la TFA.
France Benoit souhaite que le programme soutienne les agriculteurs et jardiniers voulant augmenter leur production personnelle dans l’optique d’un développement économique. Elle rappelle également qu’on ne pourra pas parler de sécurité alimentaire tant et aussi longtemps que le nombre de producteurs agricoles des Territoires n’aura pas décuplé. « Il faut aussi, a-t-elle rajouté, que le programme soit adapté autant aux centres urbains qu’aux petites collectivités, à leurs solutions spécifiques. Le momentum est là pour la croissance, avec la mise en place de l’école à Hay River, et des deux marchés fermiers [de Yellowknife et Hay River]. »
Lone Sorensen tient des propos analogues à ceux de France Benoit. Également membre du conseil d’administration de la TFA, elle est, à travers Northern Roots, consultante et formatrice pour divers groupes. « C’est important que la collectivité prenne part aux décisions, souligne-t-elle. Nous avons besoin de 4000 nouveaux fermiers. Le gouvernement ne peut pas gérer tout ça seul ». Lone Sorensen goûte la plus grande clarté des formulaires de demande de Cultivons l’avenir 2. Elle espère toutefois que les subsides seront disponibles à plus court terme afin de permettre aux producteurs d’être prêts à semer au moment adéquat… et non à un moment choisi par d’autres. « Qui mieux que les fermiers savent ce qu’il faut faire? », demande Lone Sorensen. Enfin, elle souhaite que les engagements financiers soient pris à long terme, afin de permettre une meilleure planification, et que les agriculteurs soient traités sur un pied d’égalité avec les autres corps de métiers.