Quelque part en Afrique, au Mexique ou en Asie, un agriculteur est en train
d'arroser ses cultures avec le pesticide DDT. L'objectif consiste à
éliminer la mouche causant la source de paludisme, un virus frappant entre
300 et 500 millions de personnes par année et créant plus d'un million de
victimes.
Pourtant, ce geste de l'agriculteur pour se protéger d'une maladie
dangereuse a un impact cumulatif non seulement aux T.N.-O., mais dans
l'ensemble des pays circumpolaires. Le DDT fait partie d'une catégorie de
pesticides qu'on appelle des polluants organiques persistants (POP),
également connus sous le nom de polluants organiques rémanents.
Les POP appartiennent à trois grandes catégories : les pesticides comme le
DDT, les produits chimiques industriels comme les BPC et les sous-produits
et les contaminants comme les dioxines et les furanes. Aucun POP n'est
produit dans l'Arctique canadien et leur utilisation est strictement
limitée.
« Nous octroyons environ cinq permis annuellement pour le déploiement de
pesticides », a indiqué Emery Paquin, le directeur de la division de la
protection envi-ronnementale du ministère de la Faune, des Ressources et du
Développement économique. « Avant, on se servait de pesticides pour limiter
la reproduction de maringouins. Maintenant, on se sert de produits
chimiques surtout pour contrôler la végétation ».
Les POP peuvent voyager des milliers de kilomètres et se retrouver dans
l'Arctique. Les chances que ces produits s'évaporent dans l'atmosphère
augmentent lorsque les températures sont élevées. Dès qu'il y a un
refroidissement, les POP ont plus tendance à se condenser et à se retrouver
sur le sol. Le voyage ne se fait pas directement, mais par bonds
d'évaporation et de condensation. C'est ce qui s'appelle « l'effet
sauterelle ».
Ils sont plus omniprésents à la surface de l'eau qu'en profondeur.
Néanmoins, ils remontent la chaîne alimentaire et affectent la santé des
animaux et des êtres humains.
Après la fonte des neiges et de la glace, les POP s'évaporent de nouveau
pour continuer leur trajet. Toutefois, certains restent pris dans la glace,
surtout vers les pôles.
« La configuration des vents font en sorte que la majorité des POP
proviennent de la Russie et de l'est de l'Europe », selon Steve Hart, le
directeur des question atmosphériques transfron-talières pour Environnement
Canada. En effet, les vents poussent les POP au dessus du Pôle Nord et ils
finissent par se retrouver dans les zones arctiques des T.N.-O et du
Nunavut. Un autre vent du sud transporte ces contaminants du sud de pays
comme le Mexique et les États-Unis.
Le gouvernement fédéral encourage certains pays à abandonner l'utilisation
de certains POP. Pourtant, dans les pays sous-développés, les agriculteurs
possèdent ni l'argent, ni la technologie pour limiter l'utilisation de POP.
Le Mexique s'est engagé à interdire le DDT d'ici 2002. Pourtant plus de 200
000 POP sont présentement sur le marché. Le gouvernement fédéral n'a aucun
répertoire pour quantifier l'utilisation de ces produits au Canada.
Le DDT est présent dans l'eau et dans la glace arctiques même si ce composé
n'est plus employé au Canada depuis 1985.
Une banque de données devrait être prête d'ici la prochaine année. Bien que
certaines émissions de POP tel le DDT soient aujourd'hui moins nombreuses à
l'échelle internationale, les effets des nouveaux POP sont rarement
examinés dans le Nord. Cela laisse la question à savoir si la situation est
pire que dans le passé. Aucune source n'a pu répondre à cette question.