Maternité : S'exiler pour accoucher

19 janvier 2012
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À 32 semaines de grossesse, Jessica Jean est rayonnante. (Courtoisie de J.J.)

À 32 semaines de grossesse, Jessica Jean est rayonnante. (Courtoisie de J.J.)

Chaque année, des centaines de femmes enceintes doivent se rendre à Yellowknife pour donner naissance. Elles doivent quitter leurs petites collectivités pour accoucher.

Des cris de souffrance résonnent dans les couloirs de l’hôpital H. H. Williams de Hay River, en ce lundi matin. Une infirmière vient rassurer les quelques patients dans la salle d’attente. « Une femme est sur le point d’accoucher sans anesthésie », précise-t-elle. Encore plusieurs hurlements et puis des vagissements. Le bébé et la mère sont immédiatement transportés à l’aéroport, en direction de l’hôpital Stanton, à Yellowknife. « Transférer une patiente vers un autre hôpital après qu’elle a accouché n’est pas quelque chose que nous faisons régulièrement parce que c’est risqué », nous assure le personnel de H. H. Williams. En effet, l’hôpital de Hay River, comme ceux de certaines collectivités nordiques, n’a pas d’anesthésiste ni de pédiatre dans son établissement.

Il arrive qu’occasionnellement des femmes se retrouvent en travail avant l’heure et n’ont d’autre choix que d’accoucher sur place. Pour les autres, elles doivent partir à Yellowknife, trois semaines avant la date prévue de la naissance de l’enfant. Elles doivent laisser conjoint, famille et petit nid sagement préparé pour attendre, dans une chambre d’hôtel, le grand jour. « Je n’ai pas de famille ici et je vais être toute seule à Yellowknife dans le fond. Mon conjoint doit travailler jusqu’au début de mon travail. Il y a toujours la crainte que je sois seule pour l’accouchement ou qu’il n’ait pas le temps de se rendre », confie Jessica Jean, future maman.
Pour les futures mamans vivant dans les petites régions comme Jessica, il n’y a que très peu de choix quant au type d’accouchement désiré. Une sage-femme est disponible à Fort Smith, mais la situation est semblable à celle de Yellowknife : les femmes doivent quitter le domicile quelques semaines, en attente de la délivrance. De plus, s’il y a complications, la patiente est envoyée d’urgence dans la capitale.
Il y avait, auparavant, un service de sage-femme à Yellowknife, mais le poste a été aboli en mai 2011, faute de moyens financiers, au grand désespoir de plusieurs mamans.

Se préparer pour le grand voyage

Depuis ces derniers temps, Jessica Jean n’a pas chômé. Elle doit tout préparer et planifier pour son séjour. Des vêtements pour trois semaines et plus, sans compter tout ce qu’il faudra pour le retour alors qu’ils seront deux. « Ça fait beaucoup de choses à penser et à emporter. Je veux m’assurer de ne rien oublier parce que mon conjoint n’aura pas le temps d’aller chercher ce qui manquera le moment venu », dit-elle. Malgré tout, certains détails sont réglés par le gouvernement des TNO; réservations de billets d’avion et chambres d’hôtel. Un léger soulagement pour les mamans.
Même si la situation idéale de Jessica Jean, celle d’accoucher à la maison avec une sage-femme, ne peut être envisagée, elle reste confiante du bon déroulement de son
accouchement. « Je suis bien entourée et les gens qui m’ont parlé de Yellowknife m’ont dit que l’équipe médicale est vraiment super. Les membres du personnel laissent les patientes essayer différentes positions et ne les clouent pas au lit. Ils ne sont pas trop conformistes. Je suis contente d’entendre cela », affirme-t-elle. Cette dernière devrait s’envoler dès la fin janvier et revenir avec bébé, dans les premières semaines de février,