Exploit : Rouler sa bosse

16 août 2002
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La première fois qu’il a traversé le pays, c’était pour soutenir la cause de l’arthrite. Maintenant, c’est pour sensibiliser les gens aux effets du tabagisme.

Immanquable, il se promène habillé en costume moulant, aux couleurs des commanditaires populaires du monde du ski. Depuis trois mois, il traverse le pays à la conquête de ses quatre pôles. Mais Phil Shaw n’a aux pieds ni ski de piste, ni ski alpin dans son périple estival, absence de neige obligeant. La solution de rechange ? Des skis à roulettes.

Parti le 18 mai dernier de St-Jean, à Terre-Neuve, l’homme originaire de Morin Heights, au nord de Montréal, s’est arrêté du 5 au 9 août à Yellowknife avant de reprendre la route vers Rae-Edzo, Fort Providence et Hay River. Chaque jour, il parcourt plusieurs dizaines de kilomètres. Quand il s’est posé au nord du 60e, il avait dû rouler avec sa camionnette une bonne distance depuis la frontière qui sépare l’Alberta des T.N.-O. Pas d’accotement, chemin de gravier, route de campagne. Phil Shaw a calculé la distance parcourue et la refera un peu plus tard. « Je pense bien faire quelques kilomètres à Rae-Edzo. »

Son idée a germé au printemps dernier. Son père venait de subir une opération. Les poumons du paternel étaient reproduits sur les paquets de cigarettes, après un demi-siècle de tabagisme auquel il a mit fin. Devant les ravages de la cigarette, Phil Shaw a décidé de porter le flambeau de cette cause, des Maritimes jusqu’en Colombie-Britannique. Défilent devant lui depuis des semaines les motels, les routes plates des Plaines et les centres urbains. Ses deux paires de ski s’usent, l’homme exulte, à la poursuite de ses idoles qui ont déjà foulé le sol canadien de près : Terry Fox, Rick Hansen, Steve Fonio. Pour le sportif invétéré, ce n’est que deux autres mois à suer avant d’atteindre son but de 12 000 Km. Le prêcheur de bonnes paroles offre sourires et encouragements sur son passage. « Lâchez pas le sport ! »

Du sport, l’homme de 35 ans en mange. En dehors de ses exploits – il a parcouru le pays en patins à roues alignées en 1995 – il s’adonne au vélo, au ski de fond, à la randonnée pédestre et au patin à glace. Le terrain amateur n’existe pas pour lui. L’hiver prochain, il participera à des compétitions de ski de fond de haut calibre en Suisse et en Suède. Même à des lieues de sa province, il se fait reconnaître, comme lors de son passage à Hay River, où un athlète de ski de fond de Yellowknife le salue, en souvenir du passage aux mêmes compétitions. Quand il sera chez lui, en octobre, il reprendra la barre de son entreprise d’excursion située dans les Laurentides.

Du point de vue d’un accro à la nicotine, cet exploit physique essouffle. À la seule vue de ses muscles démesurés, le consommateur de fumée cherche son air. C’est bien pour ça que l’athlète espère faire passer son message. « Évidemment, on sait que c’est néfaste, mais ça prend un argument plus convaincant pour arrêter. Or, la raison ultime, c’est la santé », explique celui qui s’oblige des détours dans les bars, les tavernes, les discothèques, « là où les gens sont plus susceptibles de fumer. »

Son pèlerinage n’emprunte pas que les détours de la bonne cause. Le sportif ne peut s’empêcher de faire la promotion du ski de fond et à roulettes, « la plus belle façon de découvrir la nature ». « Les Canadiens ne connaissent pas le ski à roulettes, ce n’est pas dans leur culture, mentionne-t-il, mais en Scandinavie, c’est très populaire! »

Avant de rechausser ses bottines, il avoue rêver de communautés autochtones et inuites en hiver, entouré de jeunes qui apprennent les techniques de ce sport de glisse dont les traces remontent à la période du néolithique, 5000 ans avant J.C. Il le sait, il l’a dit, Yellowknife a été son deuxième coup de cœur après Terre-Neuve. « J’adore l’hiver et ici il dure de sept à huit mois! »