Rivière Thelon: Rejet de projets miniers

19 septembre 2008
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Deux compagnies spécialisées dans l’extraction d’uranium, Bayswater et Uravan, ont présenté quatre projets d’exploitation dans la région du bassin de la rivière Thelon. L’Office d’examen des répercussions environnementales de la vallée du Mackenzie a annoncé, le 11 septembre dernier, qu’il rejette trois des projets déposés. Les motifs invoqués mettent l’accent sur les risques de destruction définitive d’un territoire naturel qui est le cœur de la spiritualité et de la culture autochtone dénée.

La région concernée se situe à 300 kilomètres à l’est de Lutsel K’e, dans les environs de South et North Boomerang Lake ainsi que El Lake. Dans la construction de leur dossier, les compagnies devaient inclure des données sur leurs mesures de protection environnementale et socio-culturelle.

L’Office estime que ces données sont largement insuffisantes pour garantir un impact gérable dans l’avenir sur l’environnement naturel et culturel. Il affirme que les activités prévues altèreront définitivement l’environnement, en fonction de critères d’évaluation qui permettent d’examiner successivement : la taille du projet, son étendue géographique, ses périodes de fonctionnement, la durée et la fréquence de l’activité minière, la nature de l’impact local avec les conséquences qu’il peut induire.

Si Bayswater ne fait pas de commentaire sur la décision, Uravan avoue publiquement sur internet sa surprise de constater que des préoccupations de défense environnementale prévalent sur le développement industriel. Et d’affirmer que « nulle part au monde ils ne connaissent un lieu où un office d’examen a le droit de mener une étude d’impact environnemental lors de l’étude préalable d’un projet minier. »

C’est pourtant la position très ferme de l’Office. « Nous sommes un organisme totalement indépendant, explique Richard Edjericon, directeur de l’Office. Nous menons nos études et nous faisons des auditions publiques de manière à récolter toutes les informations pertinentes par rapport aux impacts des projets. Notre organisme est responsable de la surveillance de la protection environnementale, qui inclut des aspects culturels et spirituels. » Ce bassin de la rivière Thelon représente pour les Dénés un endroit aussi important que la basilique St Pierre de Rome pour les catholiques ou La Mecque pour les musulmans. C’est un lieu où « Dieu est né », dans la spiritualité autochtone. Les Dénés souhaitent transmettre à leurs descendants une terre telle qu’ils l’ont reçue de leurs ancêtres, avec ses vestiges, ses hardes de caribous (Beverly et Ahiak), sa nature parmi l’une des plus riches et des plus préservées du monde. Ils ne sont pas les seuls à utiliser les ressources naturelles puisque l’entreprise Canoë Arctic, de Fort Smith, en a fait son terrain privilégié d’activités écotouristiques. Cette entreprise ainsi que le Fonds mondial pour la nature-Canada ont rejoint les six organismes autochtones et métis pour rejeter unanimement les projets tels qu’ils sont présentés aujourd’hui.

« Il appartient maintenant au ministère des Affaires indiennes et du Nord canadien de prendre une décision », affirme R. Edjericon. « Nous recommandons de mettre en place un plan d’études plus approfondies, sur trois ans, doublé d’une planification d’occupation des sols, afin de s’assurer que ces projets ne détruiront pas définitivement une région porteuse de sens spirituel et culturel fondamental pour les Dénés. »

Les craintes de destruction paraissent justifiées en regard des chiffres : 35 % du bassin de la rivière Thelon est couvert par des concessions minières ; au cours des cinq dernières années, plus de 1 000 nouvelles concessions ont été enregistrées à cet endroit. Le Canada est le premier producteur mondial d’uranium. En 2000, une livre de ce minerai sur le marché était de 7,10 $. Aujourd’hui, le prix grimpe à 125 $.

Les compagnies minières peuvent prétendre à recevoir des compensations financières pour le retard provoqué par ce rejet de leurs projets et pour leur permettre de garder leurs concessions en bon état. Comme le dit Larry Lahusen, président exécutif d’Uravan, « la compagnie a énormément investi et elle n’a pas l’intention d’abandonner. Nous croyons dans le potentiel de nos projets, au bénéfice de notre compagnie, de nos partenaires et du Canada. »