Rétrospective environnement 2008

09 janvier 2009
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Une prise de conscience générale et forte

Le développement des mines dans les TNO est une histoire ponctuée de pas en avant et de pauses imposées, car les organismes de veille environnementale montrent un souci plus accentué des répercussions sur la nature mais aussi sur la culture et les populations qui habitent les régions hébergeant des mines ou des projets miniers. L’année 2008 montre à quel point la société civile se préoccupe du bien-être présent et futur et n’hésite plus à alerter l’opinion publique lorsqu’un danger est identifié.

C’est ainsi qu’en janvier, L’Aquilon rapporte qu’un moratoire a été imposé sur de nouvelles explorations d’uranium dans la région de Port Radium, située à l’est du Grand Lac de l’Ours. Lors de l’Assemblée générale annuelle de la Société des terres de Deline, les membres ont décidé de ne plus approuver de nouveaux projets tant que le gouvernement fédéral n’acceptera pas de donner suite à 26 recommandations sur des impacts sociaux et sur la santé, qu’ils lui avaient adressées en… 2005.

En février, c’est au tour de l’Office d’examen des répercussions environnementales de la vallée du Mackenzie de soumettre des recommandations au ministère des Affaires indiennes et du Nord sur le projet d’exploitation minière de la compagnie Sidon International sur les berges du lac Defeat, en invoquant un risque d’atteinte définitive à l’héritage culturel et naturel des peuples akaïtchos proches de Yellowknife. De son côté, la documentariste France Benoît, de Yellowknife, poursuit son projet de documentaire sur les répercussions environnementales et sociales de la mine Giant pour mettre en valeur la voix des premiers concernés par ce développement minier, à savoir les Dénés de Dettah et N’Dilo. « Je veux raconter ce que les livres d’histoire ne nous disent pas. Je veux faire un film avec le point de vue de l’autre côté de la baie de Yellowknife… », dit-elle, en souhaitant atteindre l’objectif de dénoncer les impacts négatifs de l’exploitation d’une richesse naturelle.

La voix du peuple akaïtcho continue à s’élever durant l’année contre des projets miniers, au point qu’en septembre, cette fois-ci il obtient carrément le rejet de trois nouveaux projets dans le bassin de la rivière Thelon. Par cette action, les Dénés obtiennent une reconnaissance du caractère inaliénable de leurs terres ancestrales, y compris les vestiges historiques, culturels et spirituels de leur région.

L’eau, un bien commun à protéger

Il est intéressant de constater aussi que la pression publique ne s’arrête pas à des projets de développement minier, elle appelle également l’attention sur des risques liés à l’eau. C’est le cas de la conférence sur l’eau à Fort Chipewyan en début d’automne, où sont dénoncés les ravages de pollution qui résultent de l’exploitation des sables bitumineux de l’Alberta, dont des contaminants migrent dans le Nord à travers les voies fluviales. Pendant ces journées de mobilisation, des organismes nationaux et internationaux ont soutenu la population locale, produisant ainsi des retombées médiatiques mondiales autour de cette collectivité d’à peine un millier d’habitants.

Au-dessus de Fort Chipewyan, à Fort Smith, le printemps a vu se dérouler une consultation publique organisée par le maire de la ville au sujet d’un projet de barrage hydroélectrique sur la rivière Slave. Bien que ce ne soit qu’une proposition d’étude de faisabilité, ce projet en tant que tel est perçu d’une manière négative par les Premières Nations Smiths Landing, propriétaires des terres qui bordent la rivière. Leur chef François Paulette rappelle à l’occasion qu’il s’est déjà opposé à un projet similaire dans les années 1970.

Échec à la pression politique

Dans ces processus de rejet ou de mise en attente, qui prouvent par leur succession de plus en plus rapide à que point les populations des TNO veulent le développement mais pas au prix du sacrifice de leur avenir, la cerise sur le gâteau en décembre fut l’annonce du report du Commission d’examen conjoint. Ce rapport concerne le projet de gazoduc de la vallée du Mackenzie. Il doit être réalisé par un groupe d’observateurs indépendants réunis dans le Comité d’examen conjoint du projet gazier Mackenzie. La propagande faite tout au long de l’année autour de ce rapport qui doit donner le feu vert à ce qui est annoncé comme le plus grand chantier du siècle n’a pas eu assez de poids pour forcer la main au Comité. Alors que gouvernements, industriels et certains groupes de développement économique clamaient haut et fort que ce rapport viendrait dans l’année, finalement la commission a décidé avant les fêtes de le reporter en 2009.

Mais ça, les journalistes de l’Aquilon l’avaient déjà prévu au mois de mai. Dans un article sur le sujet, Nicolas Bussière annonce en grand que « le Comité a besoin de plus de temps et ne livrera pas son rapport avant 2009. »

Produire de l’énergie sans pétrole

Les TNO souhaitent se dégager lentement mais sûrement de la dépendance vis-à-vis des ressources fossiles pour produire une énergie moins polluante et surtout moins chère. Première option, qui paraît évidente dans ce pays de lacs, fleuves et rivières : l’utilisation de l’eau. Deuxième option, qui commence à se généraliser, l’utilisation du bois. La ville de Yellowknife s’équipe de chaudières fonctionnant avec des granules de bois pour chauffer déjà le complexe de loisirs aquatiques. Troisième option, qui fait l’objet d’une étude, le recours à la géothermie. En mai, les résultats d’un premier examen sur la chaleur géothermique dans les espaces souterrains confirment qu’il y a de quoi chauffer de 1 600 à 2 000 résidences à Yellowknife. L’étude indique également que les effets seraient très positifs sur la réduction de la pollution urbaine. En effet, en ayant recours à cette énergie souterraine, les émanations de gaz à effet de serre pourraient diminuer de 24 000 tonnes par année.

Valorisation touristique

La route du Deh Cho est un produit touristique nouveau, destiné à mettre en valeur plusieurs sites sur un parcours en boucle depuis les TNO à l’Alberta jusqu’à la Colombie-Britannique. Pour inaugurer ce circuit, le gouvernement des TNO n’hésite pas à lancer un concours, en mai, dans lequel se cache un diamant d’un carat évalué à plus de 11 000 $. Les touristes qui souhaitent participer au tirage final peuvent se procurer un des 7 500 passeports disponibles dans un centre touristique puis ils collectionnent des tampons apposés dans les sites indiqués pour cela. Il suffit d’avoir quatre tampons sur un passeport pour être admissible au tirage.

Conscient des beautés naturelles exceptionnelles dans les territoires, le gouvernement fédéral a accepté de participer à leur préservation par la création annoncée en avril de la réserve nationale Naats’ihch’oh dans le Sahtu. Cette parcelle de 7 600 kilomètres carrés est la première étape du futur parc national. Le futur territoire protégé constituera un agrandissement de la réserve nationale du parc du Canada Nahanni, situé plus au sud en territoire Deh Cho.