Santé : Redonner la vie

13 septembre 2002
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Le ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît qu’il y a des failles dans le système visant à diminuer le nombre de suicides aux T.N.-O.

Le coroner en chef des T.N.-O., Percy Kinney, a servi une recommandation claire aux autorités dans son dernier rapport. « Quoi que l’on fasse présentement (pour diminuer le nombre de suicides), il semble bien que ça ne provoque pas les effets désirés. » La conseillère en santé mentale Sandy Little, à l’emploi du ministère de la Santé et des Services Sociaux, admet que le système n’est pas parfait. « En tant que gouvernement, nous reconnaissons qu’il y a des failles dans nos services et que ce n’est pas toujours facile de consulter selon les besoins. »

Le problème du suicide est criant dans le Nord, compte tenu de la faible population, mais également de la récurrence du problème malgré les efforts déployés. En 2001, dix personnes se sont enlevé la vie aux T.N.-O., dont sept hommes. C’est le même nombre qu’en 2000, alors que 16 personnes se sont suicidées en 1999. Entre 1997 et 2001, 51 suicides sont survenus aux T.N.-O. Le taux de suicide est de quatre à sept fois plus élevé que le taux national. Les tendances sont les mêmes d’années en années. Ce sont majoritairement les hommes autochtones et inuits âgés de 30 à 44 ans qui représentent le groupe le plus à risque. Sur les 51 suicides des cinq dernières années, 19 ont été commis par des Inuits.

La relation groupe ethnique et suicide préoccupe les autorités. « Il semble que les risques soient plus élevés auprès des Autochtones, explique Sandy Little, qui a rédigé un article sur la question dans la dernière édition d’Epinorth, un bulletin d’information publié par le ministère de la Santé. Certaines théories traitent de la dislocation entre l’individu et sa culture. L’un des facteurs de protection est la forte connexion avec la culture. »

Cet impact de la culture sur la santé mentale des Autochtones a été repris dans le rapport spécial sur le suicide et les peuples autochtones, déposé en 1991 par la Commission Royale sur les peuples autochtones. Selon le document, l’un des facteurs de risque est la perte de confiance par les individus ou les groupes dans leur façon de comprendre la vie (normes, valeurs et croyances), qui leur a été enseignée par leur culture traditionnelle.

D’autres théories vont plus loin et suggèrent même que le suicide se transmet génétiquement. Une étude en particulier a été déposée en 2000 par une équipe de chercheurs provenant des États-Unis, de la Suède et de l’Italie. Le document soutient, en se basant sur des recherches effectuées auprès de certains groupes ethniques et sur des jumeaux, qu’une baisse de la neurotransmission de la sérotonine, une substance sécrétée entre autres par le cerveau, a été notée chez les suicidaires.

Peut-être cette théorie expliquerait-elle que certains individus soient plus fragiles que d’autres. L’an dernier, un jeune homme de 17 ans a été retrouvé mort dans son chalet près de Tuktoyaktuk. L’homme, selon toute vraisemblance, est resté coincé dans le bois alors que sa motoneige est tombée en panne. Il devait retourner le lendemain dans la communauté pour commencer un nouvel emploi. « L’événement qui est survenu juste avant le décès n’est peut-être pas si important, soutient Sandy Little. Il y a peut-être une histoire de traumatisme derrière tout ça. »

Malgré ces nouvelles données de la génétique, la conseillère en santé mentale persiste à croire que plusieurs suicides peuvent être évité. Le Programme de formation en prévention du suicide des T.N.-O. a été mis sur pied en 1990, alors que plus de 300 participants à un forum sur le suicide en ont fait la demande devant l’ampleur du problème. Chaque année, des spécialistes se déplacent dans les communautés pour former des individus solides, prêts à se porter au secours des personnes à tendances suicidaires. Le 23 septembre prochain, Sandy Little, se rendra à Deline. « J’aimerais nous voir (le gouvernement) continuer ce que l’on fait et plus encore. Je crois que ce que nous faisons aura des effets à long terme sur le suicide. »

Pour d’autres spécialistes, le gouvernement n’a pas à assumer l’entière responsabilité du problème. « Je ne crois pas que ce ne soit que la responsabilité du gouvernement. Les communautés et les familles doivent en prendre une part », estime Romeo Beatch, psychologue au centre de consultation et de services psychologiques Northstar. Quant au médecin spécialisé en santé mentale Ross Wheeler, le point de vue du coroner en chef représente sa propre vision des choses. « Ce que nous faisons ne semble pas avoir un grand impact sur la diminution du nombre de suicides. » Ironiquement, l’un et l’autre admettent bien franchement ne pas vraiment être au courant des efforts déployés par le gouvernement des T.N.-O. pour enrayer le suicide.