Sécurité : Quoi faire?

09 octobre 2013
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Lors de l’assemblée publique du 3 octobre, les opinions étaient divergentes, mais reçues avec respect. (Photo Denis Lord)

Lors de l’assemblée publique du 3 octobre, les opinions étaient divergentes, mais reçues avec respect. (Photo Denis Lord)

Une mobilisation pour trouver des solutions à la violence.
 

À la réunion pour la sécurité publique qui se tenait le 3 octobre dernier, quelques propositions ont certes reçu l’assentiment général, mais autrement, on a entendu tout et son contraire.
Plus d’une centaine de citoyens et de citoyennes se sont réunis au Northern United Place afin de trouver des solutions au problème de la violence croissante à Yellowknife. Les organisateurs avaient spécifié qu’aucun engagement de la part des autorités ne serait pris ce soir-là, qu’une autre réunion aurait lieu avant qu’une stratégie ne soit mise en place.
L’assemblée était structurée comme un espace de consultation et non de débat. Elle était présidée par des représentants des autorités concernées : le ministre de la Justice, Glen Abernathy; le surintendant principal de la GRC, Wade Blake; le commandant de la GRC pour Yellowknife, Frank Gallagher; le maire Marck Heyck et Les Harrisson, directeur général de l’administration des services sociaux et des services de santé de Yellowknife (ASSSSY).

État des lieux
Lors d’un tour de table, ils ont dressé un portrait de la situation et énuméré les mesures déjà en place. L’inspecteur Gallagher a fait une liste exhaustive des effectifs policiers. Considérables à première vue, ils ont déjà augmenté en 2013 et poursuivre dans cette voie, a-t-il dit, n’est pas nécessairement la solution. Sans nier la gravité de la situation, il a affirmé que les statistiques sont faussées par le nombre d’arrestations pour abus d’alcool.
Son supérieur, Wade Blake, a concédé que plusieurs approches avaient été essayées par la police sans régler le problème, et que les idées du public étaient bienvenues. Si Glen Abernathy a évoqué la détérioration du climat social, les problèmes de santé mentale, pour le directeur de l’ASSSSY, Yellowknife demeure une ville relativement sécuritaire, la preuve étant que des gens des autres communautés s’y établissent. Enfin, le maire Marck Heick a affirmé que la question de la sécurité était une des plus hautes priorités de la ville. « Nous avons un programme de maintenance dans les sentiers de Frame Lake pour couper les arbres et faire plus de lumière, a-t-il expliqué. Nous étudions actuellement l’option d’y placer des patrouilles de jour, d’avoir plus d’agents de la GRC ailleurs dans la ville. » Après avoir affirmé qu’il faudra une collaboration de toutes les autorités pour remédier à la situation, le maire a souligné l’importance de régler un problème moins visible, celui de la violence familiale. Cela lui a valu des applaudissements bien nourris de l’assistance.

La consultation
Les personnes présentes ont été très nombreuses à réagir, avec des diagnostics souvent similaires, mais des solutions opposées. Ces dissensions se sont toutefois exprimées dans la courtoisie.
La première personne à réagir a été Cheryl Fountain, une jeune mère de famille qui a subi en plein jour un début d’agression sexuelle cet automne. Loin de poser en victime, elle a plutôt tenu à établir une distinction entre les problèmes de consommation de drogue ou d’alcool et ceux d’agression sexuelle. « Quand tu es saoul, a dit Cheryl Fountain, les gens te regardent comme un démon. Mais ce n’est pas parce que tu prends de la drogue ou de l’alcool que tu es un prédateur sexuel. Les gens intoxiqués ont besoin d’aide tandis que les agresseurs sexuels ont besoin d’être aidés et punis. S’ils ne reçoivent pas d'aide, ils vont recommencer en sortant de prison. » La jeune femme a défendu du même coup une certaine faune du centre-ville, trop souvent montrée du doigt et ostracisée. Ces gens sont souvent des Autochtones et Cheryl Fountain a mis l’assistance en garde contre le profilage racial. Une citoyenne a appuyé ces propos : « Pourquoi y a-t-il si peu d’Amérindiens dans la salle? Parce qu’ils se sentent ciblés. Mais c’est injuste! »
Fatalement, plusieurs personnes ont préconisé des solutions basées sur l’ordre. Alors qu’un homme considérait que la population de Yellowknife n’avait pas les services policiers pour lesquels elle paie, un autre a statué que les policiers devraient veiller à la sécurité des gens plutôt que de consacrer à distribuer des constats d’infractions. François Thibault a suggéré que les gens condamnés à des peines légères à cause d’abus d’alcool aient la possibilité d’effectuer des travaux utiles à la société plutôt que d’aller en prison.
Pour d‘autres, la solution n’est pas de mettre plus de gens en prison ou de policiers dans les rues, mais plutôt d’offrir davantage de services sociaux. On a rappelé la fermeture du centre de désintoxication à Hay River, celle d’un comité municipal sur les problèmes sociaux, on a mis en relief le coût des consultations pour les personnes sans assurances. La dame qui a eu le mot de la fin au droit à l’approbation générale : « Développer la sécurité de la communauté, c’est développer la communauté. Regardez la personne assise à côté de vous et serrez-lui la main. »