Culture autochtone : Qui se trouve derrière le maquillage du guerrier danseur?

17 décembre 2009
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(Photo : Maxence Jaillet)

(Photo : Maxence Jaillet)

Sous son costume de plumes d’aigle, un guerrier micmac livre un message d’entraide.

 

Devant des dizaines d’écoliers francophones, un guerrier danseur se tient seul. Immobile, il attend le début d’une musique tribale pour entamer les pas d’une danse traditionnelle. Sitôt que les haut-parleurs crachent les chants autochtones, les élèves d’immersion de l’école J.H.Sissons et leurs invités de l’école Allain St-Cyr sont surpris par l’intensité de la musique, et par la spectaculaire prestation du danseur à plumes. Haletant, après une première danse, le Micmac prend la parole : « Je suis un guerrier! Ces danses sont des danses traditionnelles de mon peuple. Sans avoir un message particulier à vous transmettre, je veux juste vous dire que dans la vie, vous devez faire des choix. Vous pouvez soit être méchant ou bon envers les autres. Rappelez-vous simplement qu’un jour, vous aurez besoin d’aide aussi, et que vous apprécierez la bonté des gens ».

Plus tard, dans le vestiaire, le danseur explique que le nom micmac d’un guerrier est Smakanis. « Un guerrier est un homme qui va faire passer tout son peuple avant lui. Il sauvera les enfants et les femmes avant lui. » Alors qu’il range méthodiquement son costume, l’homme de 27 ans raconte qu’il ne devrait pas être ici aujourd’hui. En 2005, il s’est engagé dans le Corps des Marines des États-Unis, et pendant plusieurs années il a combattu en Irak et en Afghanistan comme tireur d’élite. « Deux semaines après mon retour, j’ai été relâché dans la société. J’étais une âme perdue, je me suis drogué, j’ai beaucoup bu. J’avais l’impression que personne ne pouvait me comprendre. Le pire, c’est que je savais que j’humiliais ma famille et la tradition dans laquelle ils m’ont élevé. J’avais besoin d’aide, mais je ne savais pas où chercher », détaille-t-il.

Pourtant, un jour un vieux danseur l’a approché. Sachant qu’il cherchait à s’en sortir, il lui a offert ses plumes d’aigle, lui donnant le choix de danser, de se respecter lui-même et d’aider les autres. « Maintenant, je donne plus que je ne reçois et c’est un honneur pour moi d’arborer ce costume et de danser. J’adore danser », confie le jeune homme au visage encore maquillé. Il défend par ailleurs qu’il ne soit simplement un autochtone qui se déguise avec des plumes et qui devient fou à danser. Les pas, les postures, la musique qu’il interprète sont des choses qu’il a étudiées. « Le sens des paroles et de ces mouvements m’est venu avec le temps. J’ai appris à les apprivoiser et à les comprendre. Je ne suis pas allé demander aux autres, ces réponses sont venues à moi. »

Le Smakanis n’a pas d’autre nom que le sien. Il sait que seulement les hommes médecine peuvent lui donner un autre nom. Admettant qu’il a souvent participé à des cérémonies traditionnelles, il n’a pas demandé, ni été proposé pour acquérir un nom autochtone par les quatre hommes médecine qui sont encore en vie en Amérique. Originaire de la Nouvelle-Écosse, il travaille maintenant comme apprenti dans une compagnie aérienne aux TNO. Il danse dès qu’il en a l’occasion. Il est devenu une attraction immanquable à Yellowknife quand viennent les célébrations de la journée nationale des autochtones, le 21 juin. Avant de boucler sa valise remplie de ses accessoires, il mentionne qu’il veut bâtir une famille et donne enfin son nom : Daniel Stephens, fier Micmac.