Crise migratoire : Quel rôle joueront les francophones ?

17 septembre 2015
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Le ministre fédéral de l’Immigration, Chris Alexander, a refusé d’augmenter les cibles quant au nombre de réfugiés, mais le gouvernement tentera d’accélérer le processus de sélection. (Archives Francopresse)

Le ministre fédéral de l’Immigration, Chris Alexander, a refusé d’augmenter les cibles quant au nombre de réfugiés, mais le gouvernement tentera d’accélérer le processus de sélection. (Archives Francopresse)

Alors que montent les pressions pour que le Canada accueille davantage de réfugiés syriens, le débat se poursuit sur les critères et le processus de sélection. Les communautés francophones vont-elles contribuer à l’effort ?
« Si le gouvernent décide d’augmenter leurs nombres, propose le militant Ibrahima Diallo, il devrait travailler de près avec les organismes sur le terrain. On sait que parmi ces Syriens, certains sont francophones. Donc les communautés francophones devraient être associées à leur accueil et à leur intégration. »
Le président de la Table national de concertation communautaire en immigration francophone s’exprime en son nom personnel, en attendant la concertation des membres coordonnée par la Fédération des communautés francophones et acadienne. Une opportunité se présente, croit-il, et non seulement avec les réfugiés syriens.
« Ne faisons pas comme avec les réfugiés de la mer (boat people), lance le Manitobain. On n’avait pas saisi que certains comprenaient le français. La preuve : le Cambodge et le Vietnam sont membres de la Francophonie. Il y a tellement de réfugiés ailleurs aussi. Notre compassion devrait s’étendre particulièrement à ceux de l’Afrique centrale et de l’Est. »
Quatre des 13 Réseaux d’immigration francophone ont été contactés pour connaître leur réaction à la crise des réfugiés, mais ils n’ont pas répondu à l’invitation.
« J’ai l’impression que les gens commencent à s’organiser, suggère Anne Robineau, la directrice adjointe de l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques (Université de Moncton). Il ne semble pas y avoir d’action concertée. Les gens se tournent vers les organisations locales.
« Les réseaux ne se sont pas habituellement confrontés à ça, suggère la sociologue, et se sentent peut-être mal outillés. Les groupes ont l’habitude de tables et d’ententes. Ils se réunissent pour faire des plans, établir des quotas en immigration. Ce sont des choses bien encadrées, à l’inverse d’une situation d’urgence. »
La Syrie a été administrée par la France de 1920 à 1946, sous un régime mandaté par la Société des Nations. Une influence française se fait encore sentir et un nombre de francophones sont recensés parmi les élites de Damas, la capitale.
L’Association canadienne-française de l’Alberta a pris les devants. « Avec ce qui se passe en Syrie, estime le président Jean Johnson, nous avons un rôle à jouer. S’il y a des réfugiés qui parlent le français, ça devient un point d’attraction pour nous et c’est notre responsabilité de faire savoir au gouvernement fédéral que nous voulons les recevoir.
« C’est quelque chose qui nous a souvent glissé entre les doigts, a-t-il déclaré au journal Le Franco. Nous avons finalement compris ce que ça veut dire de s’impliquer dans l’accueil de réfugiés. Nous avons aussi parlé des services pour accompagner ces personnes-là ».
Le Nouveau-Brunswick a demandé au fédéral d’augmenter ses quotas provinciaux, fixés à 200 par année. La Province est d’avis que son équilibre démographique dépend de l’accueil de réfugiés et d’immigrants, malgré la crainte exprimée par un nombre de citoyens de perdre des emplois au profit des nouveaux arrivants.
« On n’a reçu que des commentaires positifs, signale le directeur de l’Association multiculturelle du Grand Moncton, Jean-Pierre Alexandre. La photo du petit garçon (échoué sur une plage turque) a été un vrai choc. Ça a réveillé la conscience de tout le monde. Mais les gens ne savent pas quoi faire »
L’agence fondée en 1980 accueille et intègre annuellement plus de 60 réfugiés, grâce à son réseau d’une centaine de bénévoles. « On n’a pas encore reçu de Syriens, mais surtout des Africains, précise le directeur. On a presque atteint notre cible pour cette année, mais on serait capable de faire plus, s’ils arrivent dans un flot régulier.
« On ne fait pas de différence (ethnique ou religieuse) entre les réfugiés, soutient Jean-Pierre Alexandre. « On a la capacité d’accueillir en 21 langues. On est ravis d’aider les francophones. Les réfugiés peuvent choisir la langue qu’ils veulent apprendre en arrivant et c’est souvent l’anglais. On offre aussi l’apprentissage du français. »

 

La crise syrienne
22 millions = population totale
6,5 millions de déplacés à l’interne
4,5 millions de réfugiés externes
0,5 million ont traversé en Europe en 2015
160 000 sur 2 ans = cible d’accueil en Europe
10 000 sur 4 ans = cible d’accueil au Canada