Arts : Quatre ans pour l'ARCC

21 février 2014
0 Commentaire(s)
Joel Maillet, membre du conseil d'administration du Yellowknife Art Run Community Centre. Le centre d'artistes autogéré veut jouer un rôle dans la revitalisation du centre-ville. (Denis Lord)

Joel Maillet, membre du conseil d'administration du Yellowknife Art Run Community Centre. Le centre d'artistes autogéré veut jouer un rôle dans la revitalisation du centre-ville. (Denis Lord)

Créer des espaces qui encouragent la conversation, la collaboration et la performance
 

Le Yellowknife Art Run Community Centre (YK ARCC) célèbre en 2014 sa quatrième année d'existence avec divers projets, certains ayant pour objectif de contribuer à la revitalisation du centre-ville de Yellowknife. Pas mal pour un organisme dont on a déjà dit qu'il ruinait la réputation de la communauté artistique. Le YK ARCC, rétrospective, mise à jour et anticipation.
La notion d'espace et de son habitabilité semble sous-tendre l'existence du YK ARCC. L'organisme a commencé à diffuser ses pratiques à partir d'une église et continue à investir des espaces publics, comme le terrain vague au coin de la 50e Rue et de la 50e Avenue, l'automne dernier. Un collectif supervisé par Hannah Minzloff y avait érigé des installations d'art éphémère et organisé une fête. Le YK ARCC espère bien récidiver l'automne prochain avec Ken Gregory, un autre artiste en résidence, qui est le créateur d'installations où s'associent robotique et audio. « Le travail que nous ferons avec lui aidera à développer notre concept d'artistes en résidence This city, précise Janna Graham, membre du conseil d'administration de l'ARCC, à examiner les façons d'animer le centre-ville à travers l'art et la création d'espaces encourageant la conversation, la collaboration et la performance. » Janna Graham souligne que plusieurs centres-villes à travers le monde ont été revitalisés grâce à l'action des artistes et que son organisme aspire à contribuer à faire de même à Yellowknife.

Évolution
Après avoir œuvré principalement dans la vidéo et les installations, Joel Maillet privilégie aujourd'hui la neige comme médium, entre autres pour la construction d'espaces de création. Il travaille actuellement au château du Snowking. Il a participé à la naissance de l'ARCC, dans une église pentecôtiste donnée par le promoteur immobilier Les Rocher. Un endroit fabuleux, se rappelle Joel Maillet, spacieux, doté de plafonds très hauts, d'une acoustique extraordinaire et de tapis psychédéliques. L'ARCC n'existait pas alors officiellement, mais le groupe bénéficiait de subsides du GTNO; l'église était beaucoup utilisée pour des concerts. L'ARCC a examiné un temps la possibilité de la transporter ailleurs, puisqu'elle devait céder la place à un autre bâtiment. Mais les ressources ont manqué au collectif informel d'artistes. « L'église devait être démolie, de dire Joel Maillet. Alors nous avons fait une grande fête avec des installations, des peintures. Nous avons creusé des trous, etc. » Cette liberté, particulièrement l'aménagement dans l'église d'un espace pour la poésie et le dessin érotiques, ont suscité la colère du promoteur immobilier et d'autres personnes. On a menacé de détruire la réputation des artistes; quelqu'un a dit : « Je vais faire en sorte que plus personne ne fasse affaire avec vous. » Et un autre : « Vous ruinez la réputation de la communauté artistique. »
Par delà cet épisode grinçant, Joel Maillet voyait beaucoup de potentiel dans le groupe et a mobilisé ses membres à la faveur d'une structure plus rigoureuse. « Nous n'avions pas de local, se rappelle-t-il, mais nous n'étions pas convaincus que c'était si important. Sauf qu'après un temps, nous avons décidé de prioriser l'accès à un espace et la présence d'un directeur salarié, même si le travail pour atteindre ces objectifs faisait un peu souffrir l'exploration artistique. »

Évolution
Le terme maturité vient à l'esprit pour qualifier la trajectoire du YK ARCC; on le laissera de côté pour lui préférer celui d'évolution. L'organisme s'est rodé aux diverses facettes pragmatiques et administratives, possède un centre de diffusion sur la 50e Rue et reçoit l’aide de la ville de Yellowknife et du gouvernement territorial. Il a demandé une bourse de fonctionnement au Conseil des arts du Canada, la réponse est attendue en mars. « Nous voulions être au sommet dès notre début, commente Joel Maillet. Nous avons appris depuis à être plus modestes et à procéder étape par étape. Avant, nous allions dans 12 directions à la fois, aujourd'hui, maintenant nous avons une programmation, un calendrier. » Joel fait également remarquer que le YK ARCC a dû travailler ferme pour imposer à Yellowknife une approche artistique exploratoire alors que prédominent ici l'artisanal, le décoratif, le commercial. Aujourd'hui, constate-t-il, le public grandit.
Constitué en février 2014, le nouveau conseil d'administration de l'ARCC est composé de Myka Jones, Katie O'Beirne, Stephan Folkers, Cathy Harper, Casey Kocyzan, Joel Maillet, Daniel Korver, Alison McCreesh et Janna Graham. Le 1er mars, au festival Snowking, l'ARCC offre un atelier de dessin pour enfants et un fragment de l'exposition Frontiers in real estate, de Chris Foster. Cette dernière se poursuivra du 7 au 27 mars.