Chronique littéraire : Quand la vie consiste à cultiver son jardin

01 octobre 2015
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La romancière Michèle Matteau a inventé le village franco-ontarien de Villery, entre Ottawa et Montréal, et a campé toute une brochette de personnages colorés que nous suivons dans trois tomes : Du chaos pour une étoile, Avant que ne tombe la nuit et Le long hiver du jardinier. Je vous présente le dernier tome qui vient toute juste de paraître. Nous pouvons le savourer sans avoir lu les deux premiers, car l’auteure rappelle subtilement l’action antérieure.
Villery est situé sur les bords de la rivière des Outaouais. Le personnage principal est le septuagénaire Léandre Arcand qui vient de perdre sa compagne Florence Santerre. Nous retrouvons une infirmière burundaise qui travaille dans un Centre des soins de longue durée, une enseignante qui fait une dépression, un couple lesbien qui tient un restaurant, un curé congolais, un garagiste, un commerçant-dépanneur, une artiste visuelle et j’en passe.
Léandre Arcand est un jardinier hors pair (peut-être comme l’auteure?) et à travers sa passion horticole nous découvrons les qualités de tout bon jardinier, qualités qui sont celles de quiconque veut mener une vie saine et équilibrée. La première qualité est « la capacité d’émerveillement »; il faut, dans la vie, avoir un esprit ouvert et pouvoir rejeter les filtres. Une autre qualité du jardinier est la tolérance ou la flexibilité : dans la vie, il faut savoir consentir à travailler avec la nature humaine.
Parmi les vertus du jardinier figure aussi la persévérance ou « le jardin qui se prolonge dans le temps ». Transposé au jardin de la vie, cette vertu implique que nous devons accepter le fait que nous ne réussissons pas toujours comme nous le souhaiterions. Les qualités et vertus du jardinier sont évidemment illustrées par les défis que doivent relever certains personnages du roman. Cela se traduit, par exemple, dans l’entêtement et le grand cœur de l’un, dans l’imagination folâtre de l’autre ou dans une lutte contre des démons internes…
Michèle Matteau se penche avec une grande finesse sur le vieillissement, personnifié ici par la saison hivernale. Son intrigue ne regorge pas de rebondissements spectaculaires, elle se développe plutôt en nuances ou tonalités à l’image d’un jardin bien cultivé. À travers ce récit intimiste, l’auteure nous montre qu’il ne faut jamais avoir peur de réorienter notre vie.
La romancière glisse parfois quelques remarques qui peuvent surprendre. À titre d’exemple, elle écrit qu’« avant même de manifester son talent, un artiste doit apprendre à se vendre… aux bonnes personnes, au bon moment. […] Dans le monde de l’art, le talent est bien secondaire ». Mais nous savons tous que le secondaire l’emporte souvent sur le primaire, n’est-ce pas?
Mon seul bémol s’adresse non pas à l’auteure mais à son éditeur. De très longs passages du roman (parfois un chapitre complet) sont écrits en caractères italiques. Cela rend la lecture difficile, pour ne pas dire pénible. La couverture, en passant, n’est pas très réussie à mon avis, certainement pas accrocheuse.
Le long hiver du jardinier nous invite à envisager la vie comme un jardin, en sachant le regarder attentivement, l’écouter soigneusement et, au besoin, l’attendre amoureusement.
Michèle Matteau, Le long hiver du jardinier, Ottawa, Éditions L’Interligne, coll. Vertiges, 2015, 272 pages, 21,95 $.