Pendant que j'écris cet article, les événements ne sont pas terminés à
Québec. En effet, on est dimanche et c'est maintenant la dernière journée.
En gros, les choses se sont déroulées comme prévues : quelques casseurs ont
fait déraper les choses, mais la majorité des gens allés protester à Québec
étaient pacifiques et ont marché sans grabuge. Les images étaient tout de
même fortes : gaz lacrymogènes, courses effrénées dans les rues, chiens
renifleurs, arrosage, feux, etc. Et les pauvres chiens qui se promènent
là-dedans, vous êtes-vous demandés ce qui leur arrivaient dans tout ça. Ils
ne pleurent pas. Eh bien non, imaginez-vous. Les chiens n'ont pas de
glandes lacrymales et leurs yeux ne sont pas irrités par les gaz. On en
apprend tous les jours, n'est-ce pas? Pendant que les grandes démocraties
se rassemblent, le peuple attend dans les rues ce qui se passera au cours
des quatre prochaines années à venir. Les grandes démocraties! Haïti, vous
trouvez ça une grande démocratie, vous autres? Il semble que les autres
pays aient parlé au président Aristide, mais pas certaine si va régler le
problème de la démocratie dans ce pays!
Autre chose que ces grands rassemblements ont créé, depuis quelques années,
c'est le nouveau vocabulaire qui entoure toutes ces grandes manifestations
mondiales : mondialisation, globalisation, libre-échange, ZLÉA, ALÉNA,
gouvernance (pour des pays et même si l'usage de ce mot n'est pas conseillé
en français), bref, une armada de nouveaux mots qui s'enligne à mesure que
les nouveaux concepts politiques prennent place. Et ces mots sont tellement
utilisés qu'ils nous donnent l'impression d'avoir toujours faits partie de
notre vie. Mais non! Si ça fait une vingtaine d'années qu'on parle de
l'ALÉNA, ça ne fait pas très longtemps qu'on parle de la ZLÉA, soit la Zone
de libre-échange des Amériques. Qu'est-ce que ç'est que ça et qu'est-ce que
ça mange en hiver? C'est le libre-échange qui se fera (ou qui se ferait ou
qui voudrait se faire ou qu'on voudrait qui se fasse) entre tous les pays
(sauf Cuba) d'Amérique du Nord et d'Amérique du Sud, comprenant les
Antilles. Qu'est-ce que ça mange en hiver? Ça mange pas beaucoup, mais
surtout, de l'avis des protestataires, ça ne fait pas beaucoup manger son
homme et sa femme. En effet, pensez-vous que les États-Unis vont donner des
milliards pour faire des échanges à armes égales avec des pays où les gens
ont peine à gagner de quoi se mettre sous la dent. Allons donc! Oui, ils
veulent maintenant créer un fonds pour venir en aide aux pays les plus
démunis, mais ce n'est que pour faire bonne figure aux yeux du monde, pour
faire taire les mal-pensants, pour ensuite venir mieux piger dans leurs
richesses naturelles et leurs ressources. Voilà ce que dénoncent les gens
du Sommet des peuples à Québec. Ils dénoncent le fait que la démocratie est
en train de prendre le bord et qu'une poignée d'élus, au service des grands
capitaux, défendent les droits des mieux nantis au profit de la couche des
mieux nantis. Voilà en gros, expliqué de façon simpliste, ce qui se passe à
Québec. Ce qui s'est vraiment dit, lors de ce Sommet, a été complètement
caché, et voilà une autre raison qui a fait sortir les manifestants : alors
que les décisions qui se prennent là sont des choses qui risquent de
changer la face du monde et qu'elles devraient être débattues
démocratiquement, elles se font en cachette, à huis clos, derrière des
barricades. Autres choses pas très démocratiques. Tout doucement, les
États-Unis sont en train de prendre la place qui, à leur avis, leur
revient de plein droit, la première place du monde. Ils veulent être les
chefs du monde et tranquillement, c'est ce qui est en train de se passer.
Pour le moment, oui, il faut respecter les autres langues d'Amérique, mais
attention au nivellement par le bas quand les choses auront été mises en
place. Le français, l'espagnol et le portugais vont prendre le bord
allègrement. Vous verrez. C'est drôlement dangereux. En plus de
l'appauvrissement qui va se créer pour les plus pauvres. Et
qu'adviendra-t-il des programmes sociaux, de l'éducation? Vous croyez que
les pays du nord vont payer pour les soins médicaux des pays pauvres du
sud. Pas certaine de ça, moi. Je crois plutôt que ce sont nos programmes
qui vont prendre le bord pour suivre l'exemple de l'oncle Sam. Vous croyez
que dans ce pays le plus riche du monde, on se préoccupe d'avoir de bons
programmes sociaux. Allons donc! Ça coûte bien trop cher. Les pauvres
crèvent et les riches se font soigner au frais d'assurances qu'ils ont le
moyen de se payer. Non, n'allez surtout pas croire que les États-Unis vont
mettre sur pied un régime de santé (qui se dégrade lentement mais sûrement)
comme au Canada. Ils sont trop occupés par des choses bien plus
importantes, comme de mettre sur pied un système de réseau fermé de
télévision pour que les familles des victimes d'Oklahoma City puissent voir
Timothy McVee se faire tuer. Ça, c'est important. Ça coûte cher, mais c'est
pas grave. Je me demande quelle jouissance vont tirer les familles des
victimes à voir quelqu'un mourir devant leurs yeux. Mais c'est comme ça
chez nos voisins du sud. Serait-ce l'évolution qui les a emmenés là? Ça
craint pour l'avenir, pour le leur, le nôtre, celui des autres pays des
Amériques.
Il ne faut donc pas s'étonner que les gens ne se laissent pas faire et que
ça proteste un peu partout dans le monde. Fort heureusement d'ailleurs. Le
contraire serait inquiétant. N'oubliez pas que Bush est là pour quelques
années. Il a le temps de faire du grabuge avant d'être remplacé. En
attendant, que les gens de par le monde soient vigilants, c'est légitime.
C'est là matière à réflexion. Je vous laisse y penser, tout comme je
continue d'y penser moi-même.
genevharvey@yahoo.com