Chronique de la francophonie : Publicité fédérale

Les journaux minoritaires pas plus avancés
 

Le gouvernement fédéral vient de lancer sa nouvelle politique de communication avec le public. Cette mise à jour est importante pour le journal que vous tenez entre vos mains, puisque la publicité gouvernementale est une de ses sources de revenus.
Soulignons tout d’abord la triple victoire que représente la publication d’un hebdomadaire ou d’un quotidien francophone en milieu anglophone.
D’abord, il s’agit d’une victoire contre l’oubli. Produire un journal dans sa communauté, c’est montrer que l’on existe. Ensuite, c’est une victoire contre l’indifférence. Questionner son monde n’est possible que si la lassitude n’a pas étouffé la volonté de faire évoluer sa société. Enfin, c’est une victoire contre le manque d’argent. Tout journal a besoin de recettes publicitaires. Or, l’assiette est souvent trop petite en milieu minoritaire pour apporter profits et rentabilité.
Aucun journal francophone dans le Canada que l’on dit anglais, ne roule sur l’or. C’est souvent le dévouement inconditionnel des artisans qui compense la faiblesse du marché publicitaire. Les choses n’ont jamais été faciles, mais auparavant, la publicité gouvernementale compensait quelque peu le manque à gagner. Puis le virage numérique est arrivé… On délaisse les journaux, on ouvre son propre réseau, bref on s’éloigne des espaces publicitaires traditionnels.
J’ai assisté à la conférence de presse du président du Conseil du Trésor, Scott Brison, pour voir ce que la nouvelle Politique sur les communications et l’image de marque prévoyait à cet égard.
On y apprend que l’état sera beaucoup plus rigoureux quant au contenu de sa publicité. Bonne initiative si l’on empêche ainsi que l’argent des contribuables serve la propagande partisane. Mais, on y apprend aussi que la bête noire des médias communautaire risque de grossir. Le virage numérique déjà bel et bien enclenché, va s’accentuer parce qu’il permet de mieux communiquer avec les Canadiens en plus de réduire les couts.
Dans la documentation remise aux journalistes, on pouvait lire qu’afin « de mieux interagir avec les Canadiens, les ministères utiliseront les outils que les Canadiens utilisent, par exemple les médias sociaux et le Web, comme principaux moyens de communication. »

Rien de concret
On y comptait plus de quarante pages de textes. Pas une seule ligne ne portait expressément sur l’achat de publicité auprès des médias communautaires. On y parlait vaguement d’équilibrer l’utilisation du numérique avec les « méthodes traditionnelles », sans plus.
La presse francophone de son côté veut du concret. Elle souhaite que le papier garde sa place et que le fédéral continue d’y acheter de l’espace pour faire connaitre ses programmes et politiques.
Cette question était à l’ordre du jour à Ottawa l’hiver dernier. Le Comité permanent du Patrimoine canadien de la Chambre des communes y a consacré quelques semaines. Les éditeurs ont pu exposer leur situation. Ils sont obligés de supprimer des pages pour éviter pertes et déficits tandis que leur personnel doit mettre les bouchées doubles.

Pas de réponses
Cela dit, on voit bien que le problème n’est pas encore dans le radar du Conseil du Trésor. Quand on demande à Scott Brison de se prononcer, il nous aiguille vers la ministre Judy Foote de Services publics et de l’approvisionnement.
Cette réponse étonne quelque peu, car c’est le comité des communes d’un autre ministère, celui du Patrimoine canadien, qui a reçu en audience les représentants de la presse communautaire. Il me semble que la ministre Mélanie Joly serait elle aussi désignée pour répondre.
Tout ça donne l’impression que l’on n’a pas beaucoup discuté de l’inquiétude qui ronge la presse francophone, ni au cabinet, ni parmi les fonctionnaires chargés du dossier. Préciser les choses aurait été possible puisque la nouvelle politique porte non seulement sur le contenu de la publicité fédérale, mais aussi sur les moyens de diffusion.
Les rapports entre la presse communautaire et les communications de l’état semblent, hélas, n’avoir été qu’une ombre diffuse dans une grande réforme. La ministre Joly va-t-elle un jour allumer les projecteurs?

 

 

 

 


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