Immigration francophone : Priorité rétention

« Je suis contente qu’il y ait une cible [de 5 %]. Je veux faire partie des discussions. Mais ça donne quoi d’avoir une cible et de ne pas avoir la rétention qui vient avec ? »

C’est en ces termes que Jacinthe Lemire, directrice de la Coopérative d’intégration francophone de l’Île-du-Prince-Édouard, accueille le nouvel objectif de 5 % d’immigration francophone hors Québec établi par les premiers ministres des provinces et territoires du Canada, lors de la rencontre du Conseil de la Fédération tenue à Whitehorse en juillet.

Les réseaux en immigration provinciaux et territoriaux et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), qui travaillent au dossier d’immigration depuis des années, participent déjà à des consultations et espèrent avoir voix au chapitre lors de la rencontre préparatoire d’élaboration d’une stratégie pour atteindre la cible, qui doit avoir lieu en octobre à Winnipeg.

Selon Christian Howald, coordonnateur du Réseau du Nord de soutien à l’immigration francophone, en Ontario, région qui a attiré une soixantaine d’immigrants francophones en sept ans, les besoins de rétention dans les régions devraient être mis en priorité. « La chose qu’il faut changer, c’est l’accès aux services en français en région et au logement abordable, croit-il. Il faut préparer la place. »

Cette réalité est particulièrement vraie à la lumière de l’attraction qu’exercent les grandes villes du pays. « Montréal, Toronto, Vancouver ou Calgary et Edmonton, maintenant, ce sont des villes qui sont beaucoup plus prisées des nouveaux arrivants, souligne Mme Lemire. Oui, on peut se donner un 5 % de cible d’immigration. Mais si la province nomine des francophones à la pelletée, qu’ils arrivent ici et vont tout de suite à Montréal… »

À ce chapitre, la FCFA prévoit un effort de promotion des communautés francophones dans les prochaines semaines. « Il faut parler aux gens avant qu’ils choisissent leur province de destination », estime la présidente de la FCFA, Sylviane Lanthier. « Ça nous aidera à faire la promotion des communautés francophones comme étant des endroits accueillants pour les immigrants. »

Mme Lemire estime aussi qu’une stratégie d’intégration s’impose. « L’idée, c’est que les gens soient heureux et restent. Il faut arrêter de parler de chiffres et de voir la qualité d’intégration de ce monde-là. Venir au Canada, c’est un projet de vie qui est sérieux », estime-t-elle.

D’ailleurs, la nouvelle ministre responsable des Affaires francophones en Ontario, Marie-France Lalonde, reconnaissait, en entrevue au journal Le Voyageur, le retard de la province en matière de stratégie de soutien à l’immigration francophone, en précisant que le gouvernement essaie de le rattraper. « L’engagement est là, mais nous devons d’abord créer de bonnes conditions d’accueil », a affirmé Mme Lalonde.

Le gouvernement fédéral, les ministres de l’Immigration et les ministres responsables des affaires francophones des provinces et territoires doivent déterminer les moyens d’action au printemps prochain, selon le Secrétariat aux affaires intergouvernementales canadiennes du Québec.
 


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