Conference Board du Canada : Prioriser l'éducation postsecondaire

11 mai 2015
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L'école East Three d'Inuvik. L'Éducation sera l'instrument privilégié pour assurer l'avenir des jeunes autochtones (Archives L'Aquilon)

L'école East Three d'Inuvik. L'Éducation sera l'instrument privilégié pour assurer l'avenir des jeunes autochtones (Archives L'Aquilon)

Un rapport basé sur cinq ans de recherche est rendu publique.
 

Le bien-être de la jeunesse autochtone – y compris son accès à une éducation postsecondaire – est un des trois éléments prioritaires pour que le Nord participe à la prospérité économique de l'ensemble du Canada. C'est ce qu'affirme Bâtir un Nord résilient et prospère, un récent rapport du Centre pour le Nord du Conference Board du Canada. Le rapport a été rédigé après cinq années de travaux et de consultation.
« On constate un vieillissement de la main-d'œuvre à l'échelle canadienne, analyse Louis Thériault, vice-président, secteur politique publics, pour le Conference Board. La main-d'œuvre et les compétences disponibles pour réaliser le potentiel économique deviennent l'enjeu, et non le potentiel lui-même. Or, les populations autochtones sont plus jeunes en moyenne que celles du Canada. Une contribution importante à la collectivité serait réalisée si les compétences se retrouvaient auprès des groupes autochtones comme on les retrouve ailleurs. »
M. Thériault précise que le programme du Conference Board du Canada n'est pas qu'économique et vise également le mieux-être des populations du Nord. Il souligne la difficulté de parler d'éducation postsecondaire alors que la santé elle-même des populations autochtones est éminemment précaire.

Investir
Le Centre pour le Nord –dont plusieurs organismes autochtones sont membres – évalue que les pertes économiques causées par l'incapacité des enfants à atteindre un niveau de développement standard pourraient atteindre 20 % du produit intérieur brut dans les 60 prochaines années, et que les plus grands gains en capital humain pourraient venir d'investissements publics dans les enfants et la jeunesse. Les besoins seraient particulièrement criants chez les populations autochtones du Nord. Entre 2001 et 2026, plus de 600 000 Autochtones atteindront 15 ans. Or, les Autochtones sont loin derrière les autres Canadiens en matière d'éducation postsecondaire.
Alors que l'industrie minière, prépondérante dans le Nord, fait face à une vague de retraites, les peuples autochtones du Nord n’ont souvent pas l'instruction et la formation nécessaires pour pourvoir les emplois disponibles.
Au Nunavut, Ottawa s'apprête à verser 254 M$ en règlement d'une action en justice; l'essentiel de cette somme financera la formation des Inuits pour l'intégration de la fonction publique du territoire. Le nombre d'emplois qu'ils y occupent est nettement inférieur à son importance démographique.
« L'esprit d'investir est clairement dans la bonne voie, commente Louis Thériault, on ne peut pas être contre ça. L'important, c'est que ça se fasse selon les réalités sociales et économiques locales. Le Nord est complexe. Les réalités sont différentes d'un endroit à l'autre et les solutions toutes faites ne fonctionnent pas.
Aux TNO
En matière de pourcentage, les Territoires du Nord-Ouest possèdent la seconde plus importante population autochtone (52 %) après le Nunavut. Pour le chef national des Dénés, Bill Erasmus, plusieurs facteurs sont susceptibles d'améliorer l'accès des Autochtones à l'enseignement postsecondaire. Il avance en premier lieu que le gouvernement fédéral doit augmenter le financement de l'éducation des Premières Nations, inférieur à celui des écoles provinciales. M. Erasmus croit que ce sera un enjeu lors des prochaines élections. Il croit aussi que les Premières Nations des TNO n'ont pas suffisamment de droits de regard sur les sommes gérées par Yellowknife.
Bill Erasmus cite le discours inaugural de la nouvelle première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, prônant la diversification de l'économie. « Il faut oublier les gros projets, de dire le chef, les mines qui ne donnent que des emplois temporaires. Le tourisme est une option pour les régions. Il faut investir là-dedans. Il y a eu 10 000 touristes japonais l'an dernier. » M. Erasmus affirme que c'est un créneau à développer et qu'il faut inciter les touristes à visiter davantage les régions plutôt que de se limiter à Yellowknife. Le bureau de tourisme a un plan en ce sens.
Enfin, selon M. Erasmus, la mise en place de la fibre optique pourra augmenter la capacité d'avoir de la formation à distance.

Ce qui est en place
Un précédent rapport du Conference Board abordait la nécessité d'augmenter le nombre d'infirmières autochtones. Le Collège Aurora célébrait dernièrement les 20 ans de son programme d'infirmerie et le 2 mai, 57 étudiants de 12 collectivités recevaient de cette institution leur certificat ou diplôme en santé, affaires ou enseignement.
La présidente du Collège Aurora, Jane Arychuk, énumère maintes mesures en place qui, à court ou moyen terme, favoriseront l'accès à l'éducation. Le Collège Aurora offre des formations dans 26 collectivités des TNO. « Nous consacrons beaucoup de temps aux langues et cultures autochtones, affirme Mme Arychuk, avec des sessions sur le terrain. Nous sommes également en étroite relation avec les écoles secondaires et travaillons à développer cette relation. » Le campus de Fort Smith du Collège Aurora recevra en mai, durant trois jours, des étudiants potentiels qui pourront appréhender son offre.
Mme Arychuk croit beaucoup dans le récent programme Skill 4 Success du ministère de l'Éducation, de la Culture et de Formation, ainsi que d'un autre programme arrimé aux besoins du marché.

À venir
Les deux autres priorités déterminées dans le rapport Bâtir un Nord résilient et prospère sont la gouvernance et les infrastructures (transports, télécommunications, logements et autres). Le rapport s'adresse, de dire Louis Thériault, autant aux gens du Sud qu’à ceux du Nord.
Le Centre pour le Nord tiendra une rencontre fin mai à Yellowknife avec ses partenaires afin de prioriser des pistes d'action pour les cinq prochaines années.