Préserver l’alphabet inuit une touche à la fois

30 septembre 2005
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Avec tous les ronds et les triangles couchés sur le côté, c’est vrai qu’ils sont jolis les caractères syllabiques des Inuit. Eh bien, vous les trouveriez probablement plus déplaisants si vous aviez à les saisir au clavier.

On connaît la difficulté de faire un accent circonflexe avec un clavier anglais ; imaginez avec les symboles syllabiques. Belle orgie de control-alt-option en perspective.

C’est en pensant aux Inuit du 21e siècle qu’Éric Poncet et sa petite entreprise, Nunasoft, ont développé l’Inuktiboard, le tout premier clavier syllabique. Pour l’instant seule une version écran de l’Inuktiboard est disponible. On peut l’utiliser gratuitement sur le site Web de Nunasoft. Une version physique du clavier est également en développement. Deux prototypes ont déjà été créés. « Et ça fonctionne ! », lance victorieux Éric Poncet qui travaille depuis maintenant un an et demi sur ce projet .

En plus de l’Inuktiboard, Nunasoft a aussi créé l’Inuktiboard phonétique qui transforme d’un seul clic le texte roman en caractères syllabiques, l’Inukticode qui change n’importe quelle police de caractère syllabique en d’autres police de caractère et l’Inuktichat, un logiciel de clavardage qui permet d’utilise l’alphabet inuktitut.

Poncet, qui réside à Montréal, considère que son entreprise est plus qu’une compagnie d’informatique, mais bien un soldat de plus dans la lutte pour la préservation de la diversité culturelle. C’est en travaillant sur des réseaux informatiques dans différentes communautés du Nunavik qu’il a pris conscience de la menace que pose les standards technologiques sur la culture des Inuit. Étant donné que tous les systèmes traditionnels fonctionnent avec les caractères romans, l’informatisation les incite à délaisser leur alphabet traditionnel syllabique. « On se trouve dans une situation où la langue doit s’adapter à l’ordinateur ; au contraire, c’est à nous, les informaticiens, d’adapter l’ordinateur aux langues humaines. C’est grave d’avoir à perdre une langue sous prétexte que la technologie ne suit pas», s’énerve le jeune homme originaire du Juras, en France.

Il estime également qu’en raison de la taille très restreinte du marché, contrairement aux alphabets chinois ou arabe, les géants de l’informatique n’ont tout simplement pas d’intérêt à développer des produits en syllabique. « Je serais très étonné de voir Microsoft ou Oracle investir des sous pour une cinquantaine de milliers de personnes. »

Pour arriver aux résultats prometteurs de l’Inuktiboard, Éric Poncet a d’abord dû apprendre les 78 caractères de l’alphabet syllabique inuktitut. Il s’est d’ailleurs inspiré de la charte qu’apprennent tous les enfants inuit à la petite école pour le design de son clavier physique. Maintenant, il commence à apprendre la langue. « C’est une langue très logique », un peu comme le charabia des programmeurs d’informatique. Il fait aussi des liens avec notre capricieuse langue française. « Pour des raisons acoustiques la terminaison des mots peut changer. »

Et aussi…

Hormis ces innovations du côté des technologies de l’alphabet (la gamme Nunatype), Nunasoft propose aussi tout un éventail de solutions technologiques destinées aux Autochtones et aux Inuit.

La compagnie offre un service d’hébergement de site Internet (Nunaweb), des boîtes de courriels (Nunamail), un service d’hébergement de forums (Nunaforum) et une banque d’images libres de droit (Nunapix). Ces services sont destinés aux individus et organismes oeuvrant dans le secteur autochtone. « Mais on aime bien la francophonie aussi », précise-t-il. Nunasoft fait aussi l’installation de système informatiques et offre du support technique et de la formation.

Comme si ce n’était pa s déjà beaucoup, Éric Poncet confie avoir été approché par des Premières nations cries pour développer un équivalent cri à l’inuktiboard. Les Cris utilisent également un alphabet syllabique similaire à celui des Inuit. « Je pense que ça va s’appeler le Criboard. »

www.nunasoft.com