Les 9, 10 et 13 mars derniers, plusieurs documents ont été déposés aux
greffes de la Cour fédérale. Ce fut d'abord les défenses du gouvernement
fédéral et du gouvernement territorial qui ont été déposées. Le
sous-ministre de la Justice et procureur général adjoint pour le
gouvernement territorial, Donald M. Cooper, a déposé un affidavit
comprenant en annexe près de 1000 pages de documents. Cet affidavit est la
pièce centrale de l'argumentation de Earl D. Johnson, conseiller juridique
au ministère territorial de la Justice, voulant que la Cour fédérale ne
soit pas l'instance appropriée pour entendre cette cause.
La défense du gouvernement territorial repose sur l'évolution constante du
gouvernement territorial d'un simple bras du gouvernement fédéral vers son
statut actuel de quasi-province. Ce caractère provincial fait que le
gouvernement territorial conclut, sur un pied d'égalité et de façon
autonome, des ententes avec le gouvernement fédéral et avec les autres
provinces. Cette évolution constitutionnelle établit aussi le droit du GTNO
dans l'administration de la justice aux T.N.-O. et l'un des mécanisme en
place, la Cour suprême des T.N.-O., est l'instance qui devrait statuer dans
cette cause selon le GTNO.
La défense du gouvernement fédéral, déposée par Me Alain Préfontaine,
procureur du gouvernement fédéral, concorde avec l'interprétation voulant
que le gouvernement territorial ait évolué pour former une entité politique
distincte du gouvernement fédéral. Le gouvernement fédéral réitère sa
responsabilité envers les minorités linguistiques canadiennes, mais en
tenant compte du statut politique des T.N.-O. Le gouvernement fédéral est
responsable, en vertu de la Loi sur les langues officielles du Canada, en
vertu de la Charte canadiennne, mais pas en vertu de la Loi sur les langues
officielles des T.N.-O.
Rappelons que la Fédération Franco-TéNOise (FFT) a déposé en Cour fédérale,
le 25 janvier dernier, une poursuite contre le gouvernement territorial et
le gouvernement fédéral alléguant de nombreuse lacunes dans l'application
de la Loi sur les langues officielles des T.N.-O.
Les procureurs du gouvernement territorial et ceux du gouvernement fédéral,
ont aussi déposé, le 13 mars, une motion à la Cour fédérale afin que
celle-ci statue qu'elle n'a pas juridiction pour entendre cette cause
contre le gouvernement des T.N.-O. Les procureurs demandent aussi une
extension de 30 jours pour présenter une défense advenant le cas où la cour
décide d'exercer sa juridiction.
En ce qui concerne la question de la juridiction de la Cour fédérale pour
une poursuite contre le GTNO, les procureurs estiment que les institutions
du gouvernement territorial ont évolué au cours des dernières décennies et
s'apparentent maintenant à une province, le commissaire des T.N.-O.
exerçant un rôle similaire à celui des lieutenants gouverneurs des
provinces. Cette approche s'apparente d'ailleurs à celle adoptée par le
gouvernement des T.N.-O. dans la cause sur l'équité salariale intentée par
le Syndicat des travailleurs et travailleuses du Nord (STTN) contre le GTNO.
En raison de cette évolution, les institutions du gouvernement des
T.N.-O. constituent un équivalent de type provincial et ne sont plus une
partie des institutions de la Couronne. Or, comme la Cour fédérale n'a
juridiction que face aux institutions fédérales, elle devrait décliner sa
juridiction dans cette cause. En raison de cette absence alléguée de
compétence, les procureurs du territorial et du fédéral soutiennent que le
tribunal pertinent dans cette cause est la Cour suprême des T.N.-O. et non
la Cour fédérale.
Les opinions diffèrent quant à l'endroit où devraient se dérouler les
audiences de la Cour fédérale sur cet avis de motion sur la juridiction de
la Cour. Le procureur du gouvernement territorial indique la ville
d'Edmonton comme lieu idéal et le procureur du gouvernement fédéral estime
aussi qu'il serait plus facile d'y tenir un procès bilingue. Pour sa part,
Me Roger Lepage, procureur de la FFT, souhaiterait que le procès ait lieu à
Yellow-knife.