Éducation française : Pourquoi les inscriptions grimpent-elles autant?

21 janvier 2016
0 Commentaire(s)
Le directeur général du CSC Providence, Joseph Picard, projette des augmentations d’inscriptions jusqu’en 2022. (Photo : CSCP)

Le directeur général du CSC Providence, Joseph Picard, projette des augmentations d’inscriptions jusqu’en 2022. (Photo : CSCP)

Quelque 160 000 élèves sont inscrits dans les 628 écoles françaises en milieu minoritaire. Plus des deux tiers sont en Ontario, où l’on note une croissance annuelle depuis la création des conseils scolaires en 1998. Voici des données sur trois conseils performants, dont un au Nouveau-Brunswick.
« Le Conseil scolaire catholique Providence est bien connu dans la région (centre-sud ontarien), explique le directeur général, Joseph Picard, mais le déclencheur d’inscriptions est arrivé en 2004 avec le Plan d’aménagement linguistique.
« L’initiative a mobilisé tous les efforts de construction identitaire et d’élargissement de l’espace francophone, précise-t-il. Le mouvement nous a permis d’orienter nos efforts localement. On a vu des progrès significatifs. »
« Dans les tests provinciaux, on n’était pas les meilleurs, reconnait le gestionnaire. Alors on a commencé à parler de la réussite des élèves. Une progression rapide a fait en sorte que les écoles françaises ont affiché des rendements dépassant la moyenne provinciale. Et on a vu des résultats dans les inscriptions, surtout à l’élémentaire. »
« L’impact de l’amélioration continue, on l’a vu ensuite dans la rétention au secondaire, un gros défi dans notre système, » poursuit Joseph Picard. Ce changement expliquerait une hausse des nombres aux dépens des écoles anglaises.
Le directeur général croit que l’exogamie ne constitue plus un obstacle pour l’éducation française. « On a de plus en plus de nouveaux élèves ayant un parent diplômé de nos écoles. Ça génère dans la famille un regain de fierté avec la francophonie. »
La directrice de l’éducation du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario, Édith Dumont, souligne que son équipe est motivée pour l’accueil des couples interculturels.
« Quand ils se présentent, on les informe que leur enfant ne perdra pas sa langue et deviendra parfaitement bilingue. Je vois des parents qui deviennent des francophiles, qui s’intéressent au fait français et s’inscrivent à des cours de vocabulaire de base. »
Le Conseil a aussi rehaussé ses résultats en donnant plus d’information sur la qualité des cours d’anglais. « Le cours qu’on donne de la 4e à la 12e année n’est pas un cours de langue seconde, précise la gestionnaire. C’est le même cours qui est donné à l’école anglaise. On assure les parents que nos élèves se qualifient pour une reconnaissance de leur bilinguisme. »
« Les nouveaux arrivants en Ontario pensent que tout le monde étudie en anglais. Alors il faut qu’on soit plus présents dans la communauté. Les voisins entre eux font le reste pour nous faire connaître.
« Par exemple, on avait créé des clubs d’aide aux devoirs à l’école; maintenant, ils sont offerts dans des centres communautaires par notre personnel. On a lancé des cafés ‘‘communautés’’ pour les nouveaux arrivants; ils sont d’une popularité surprenante. »
La réussite du CEPEO repose sur la qualité et la variété des programmes, soutient la directrice. « Nos écoles sont loin les unes des autres. On doit donc donner aux parents l’assurance d’avoir accès à la meilleure éducation possible dans leur région. » Le Conseil offre un bac international, un centre d’excellence artistique, des programmes environnementaux et sportifs.
Des hausses de 3,2 % sont prévues pour les prochaines années, estime Édith Dumont. « On aura environ 16 000 élèves en 2020. Il y a beaucoup de pression sur les infrastructures, mais c’est extrêmement motivant pour nous. »
Au Nouveau-Brunswick, on constate des tendances favorables dans Dieppe et Moncton depuis 2008, signale le chercheur Dominique Pépin-Filion, à l’Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques. « Il y a même une hausse dans les écoles primaires dans le Sud, où le District scolaire francophone a d’heureux problèmes de croissance.
« C’est probablement le résultat des migrations de jeunes familles quittant le Nord et les régions rurales pour s’installer dans les centres urbains du Sud. Je ne serais pas surpris que ces migrations jouent un rôle similaire dans les augmentations observées en Ontario.
« Si le nombre de jeunes familles avec des enfants d’âge primaire augmente dans la région, mentionne Dominique Pépin-Filion, c’est aussi parce qu’un nombre croissant de francophones choisissent d’y vivre.
« La croissance de la population francophone a été presque six fois plus forte à Dieppe (48,8 %) qu’à Moncton (8,2 %) depuis 2000, conclut-il. La croissance des inscriptions dans le district pourrait se poursuivre jusqu’en 2024. »
Selon un tableau produit par la Fédération nationale des conseils scolaires francophones, les plus fortes hausses de 2015 au pays ont été enregistrées au Conseil scolaire FrancoSud de l’Alberta (11 %) et au Yukon (8,9 %).