Une cliente arrive et raconte son histoire. Pitou a mis les pattes sur un
cadre ce matin et la vitre a éclaté en morceaux, la voilà donc à la galerie
Nor-Art, où loge une infirmière bien spéciale qui se charge de refaire une
beauté à vos cadres.
Dans le métier, on la surnomme spécialiste de l'encadrement, mais en
réalité, c'est une créatrice qui choisit et agence les couleurs, propose le
fond, découpe la vitre et donne (ou redonne) vie à vos oeuvres d'art.
Originaire de Aylmer (Outaouais), Anne-Marie exerce ce métier depuis 25
ans, dont trois à Yellowknife. « J'ai appris sur le tas », avoue celle qui
a débuté à Edmonton dans une compagnie qui préparait des cadres pour
Zellers et K-Mart. Quittant l'âge de la consommation de masse, elle s'est
retrouvée à laisser ses doigts habiles créer des cadres traditionnels de
style victorien.
La voici maintenant dans la capitale où elle encadre les ¦uvres d'artistes
comme Archie Beaulieu. Elle donne la vie à autant de loups, d'ours, et
d'oiseaux du Nord que le temps le lui permet en une journée.
« Dans mon travail, il faut que je fasse ressortir les couleurs de l'oeuvre
», ajoute la créatrice, dont la tâche consiste à choisir le cadre et les
couleurs du fond qui réussiront à capter l'attention du client et rendront
hommage autant à une peinture qu'à un foulard à l'encre de chine que l'on
souhaite encadrer.
Des cadres et des fonds, il y en a pour toutes les bourses, de la feuille
de velours qui vous coûtera 53 dollars, à une feuille cartonnée qui peut
valoir 12 dollars, et si vous désirez une moulure en bois, il vous faudra
un portefeuille bien garni, puisqu'il se fait rare par ici. La plupart de
matériaux arrivent par camion de l'Alberta.
« Ça prend beaucoup de patience », lance Anne-Marie, en ajustant les coins
d'un cadre et en jetant un ¦il sur le travail de Louis, un ami venu donner
un coup de main. De ses petits yeux inquisiteurs, elle l'observe et lance :
« Là tu vas être obligé de vérifier les quatre coins ! »
Rien ne lui échappe et Louis s'en remet d'ailleurs au jugement du maître
lorsqu'une toile est encadrée. « Annie, laisse aller tes yeux bleus
là-dessus ! »
Parfois les clients lui donnent le feu vert pour effectuer l'encadrement.
« Certaines personnes m'envoient leurs oeuvres d'Iqaluit ou de Cambridge
Bay », explique Anne-Marie (que tous surnomment Annie!).
« Ça fait chaud au c¦ur quand les clients m'envoient une petite note pour
me dire qu'ils apprécient mon travail », souligne-t-elle, en se replongeant
dans son travail, l'esprit occupé à trouver de nouvelles idées.