Il l'a dans la peau, la glace des T.N.-O. ! : Portrait du Nord

30 mars 1980
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D'arcy Edward Arden, un homme qui n'a pas d'âge et qui vient du Nord. « Un long chemin au Nord », s'exclame, en souriant, celui qui a passé son enfance sur les bords du Grand lac de l'Ours, à Hornby Bay. À 15 ans, le jeune homme effectuait des patrouilles en traîneau à chiens pour retrouver les égarés de la toundra. « J'étais toujours à la tête de la patrouille. Nous avons perdu un seul homme. Nous sommes partis à sa recherche et nous l'avons retrouvé, noirci par le froid. J'ai dû le mettre sur un toboggan, et nous sommes revenus au village. J'avais la tâche de le ramener, de réchauffer son corps pour qu'une autopsie puisse déterminer la cause de sa mort », explique-t-il avec un regard indéchiffrable. Il a affronté la mort à 15 ans, et l'a apprivoisée, tout comme il a apprivoisé la solitude d'une traversée qui allait l'amener près de 500 miles au sud de sa communauté vers une nouvelle vie.

« Il [son père] est arrivé, et m'a dit : nous partons pour Yellowknife, toi et moi », raconte D'arcy. Ce dernier marchait en avant avec des raquettes pour tracer la piste qu'allaient emprunter son père, leurs cinq chiens et le toboggan. « Du lever du soleil, au coucher, j'ai marché. Nous avons mis un bon mois avant d'arriver à Yellow-knife depuis le Grand lac de l'Ours. » Ses orteils ensanglantés par le mouvement continu de ses pas sur la neige, il a continué à s'enfoncer dans la toundra, toujours un peu plus profondément. « J'avais du Zam-Buk, le meilleur onguent », me dit-il avant d'aller chercher le petit pot de cette potion magique.

À son arrivée à Yellowknife, après avoir posé ses raquettes pour deux jours, il est reparti vers les mines Sunbear, au nord de la capitale. « Nous sommes arrivés le premier jour d'avril. Je me suis demandé : c'est le jour du poisson d'avril, que va-t-il nous arriver ? », lance-t-il en riant, laissant les souvenirs ressurgir du passé.

Puis, il m'a expliqué le travail à la mine. Deux équipes, une forge en acier, et plusieurs mains pour creuser environ 9 pieds sous terre en une journée. Un homme tenait le burin, un autre frappait de son marteau pour creuser le pergélisol. D'arcy tenait le burin. « Je ne me suis jamais cassé un pouce, un accident fréquent lorsque le marteau ratait sa cible », s'exclame-t-il en riant.

Après les mines, il était de retour sur les glaces, non pas du Grand lac de l'Ours, mais sur celles du Grand lac des Esclaves. Il travaillait pour la Con Mine. Au volant de son Caterpillar (véhicule à chenille), il sillonnait le lac pour transporter de l'équipement et du bois. Il a d'ailleurs failli y laisser sa peau, en passant au travers des glaces du Grand lac. « Je travaillais de nuit ce soir-là. À 20 h, mon patron m'a dit : tu te rends sur cette île et tu me ramènes cet équipement. Je lui ai demandé si quelqu'un avait vérifié l'épaisseur de la glace. Mon patron m'a répondu : Ah oui, la glace est bonne », raconte D'arcy.

Il a donc pris le volant de son Cat, croisant son assistant au passage. Ce dernier a refusé d'embarquer avec D'arcy, préférant marcher. « Il pensait à l'épaisseur de la glace. Je n'y pensais pas ! », avoue D'arcy. Après quelques mètres, la glace a pensé à lui ! Elle a cédé. « Je me suis retrouvé 25 pieds sous l'eau. J'étais toujours assis dans mon Cat lorsqu'il a touché le fond du lac ! Quand j'ai émergé, mon assistant m'attendait au bord du trou ! », s'exclame D'arcy. Une histoire à vous faire frissonner ! Peut-on seulement imaginer ce qu'était la vie d'antan ? Regardez dans les yeux de D'arcy, vous verrez peut-être les eaux tumultueuses et les glaces s'entrechoquer !